France-Roumanie dans les bars du 11e: «Pleure Dimitri, pleure!»

AMBIANCE L'ambiance sur les terrasses et dans les bars du 11e a chaviré avec le but du meneur de jeu...

Olivier Philippe-Viela

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Rue de Lappe, dans le 11e arrondissement de Paris le 10 juin 2016.
Rue de Lappe, dans le 11e arrondissement de Paris le 10 juin 2016. — O.P.V./20 Minutes

« Comment je suis fier d’être français là ! », lâche Antoine à la fin de la rencontre. « Arrête, tu as douté pendant tout le match. - Non. - Si. - Ok, c’est vrai. » Attablés rue de Lappe, près de Bastille, le jeune homme et son ami Mehdi ont remercié Dimitri Payet. Le but victorieux du meneur de jeu a évité de briser l’élan d’une soirée entamée dans un esprit bon enfant par les supporters des Bleus qui avaient investi les bars du 11e arrondissement de Paris.

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A Oberkampf, un peu plus au Nord, les terrasses se sont remplies très tôt. « C’est le feu les gars », lance un serveur, en accoutrement tricolore comme tous ses collègues, une demi-heure avant le coup d’envoi. Au café de la Place verte, l’un des repères de la rue Oberkampf, l’écran géant a été placé à l’intérieur, mais Juliette, trentenaire au visage peinturluré de bleu, de blanc et de rouge, a pris place à l’extérieur dès 19 heures. « Française jusqu’aux joues », s’époumone-t-elle en revenant d’une séance de maquillage express.

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Les couleurs tricolores s’affichent d’ailleurs plutôt sur les joues que sur les maillots. Rémy est l’un des rares à porter la tunique de l’équipe de France (Pogba et… Zidane semblent les flocages les plus populaires) au Patrick’s Le ballon vert, pub irlandais du sud de l’arrondissement. « Franchement c’est calme pour l’instant. A la coupe du monde 2014, j’ai connu des bars où c’était bien plus le Bronx », décrit-il, alors que l’établissement a allumé quatre écrans pour permettre à tous ses clients d’avoir une vue du match, et que les chaises et les tabourets viennent à manquer. C’est l’un des combats d’une soirée foot dans un bar : avoir une place assise. La cérémonie d’ouverture a permis de couper court aux polémiques sur le placement de chacun, quand une bronca s’est élevée pour saluer la prestation de David Guetta, surtout.

Giroud a inversé la courbe des sifflets

L’ascenseur émotionnel a continué avant même le début de la partie, avec l’entrée des joueurs. A l’applaudimètre, Matuidi et Griezmann ont été les vainqueurs. Lloris aussi, quand il a sauvé la patrie dans les premières minutes. L’ambiance est ensuite aussi vite retombée que le rythme du match. Adil Rami et ses relances, mais surtout Giroud et ses ratés de la tête ont été les premières victimes des moqueries.

Rue de Lappe, dans le 11e arrondissement de Paris le 10 juin 2016.

A Bastille, au croisement de la rue de la Roquette et de la rue de Lappe, des fumigènes ont été lancés à la mi-temps pour « égayer » l’atmosphère. Il a fallu attendre l’ouverture du score d’Olivier Giroud – plus aucun rire sarcastique à son endroit à ce moment-là – pour que les supporters attablés (re)donnent de la voix. « C’est ça les Français, on manifeste tous, surtout pour un but ! », s’exclame un retraité qui a eu une place de choix au Bazar. Situé rue de Lappe, l’établissement a été le seul bar de cette voie pavée à proposer le match en terrasse, provoquant un attroupement d’observateurs qui ne cherchaient pas à consommer. L’égalisation roumaine dans un silence religieux en a fait partir quelques-uns.

« On n’a pas de chaises, mais on est ensemble et c’est ça qui compte »

Ceux qui sont restés n’ont pas été déçus. La très belle frappe de Payet donnant la victoire aux Bleus a fait réagir la rue à intervalles irréguliers, tous les téléviseurs n’étant pas synchronisés. Le but n’a pas été le grand moment d’applaudissement, qui est arrivé dans la foulée lors du remplacement du héros de la soirée, visiblement ému, au moins autant que ce père, rue de Lappe, qui a déposé son fils au sol avant de joindre les mains et de hurler : « Pleure Dimitri, pleure ! » Une conclusion fêtée par de nouveaux fumigènes quelques mètres plus loin.

Fumigènes et but décisif en fin de partie, deux éléments essentiels d’une soirée de football qui se respecte, tout comme les grandes envolées lyriques sur les vertus cardinales du sport-roi après une victoire. Dans le 11e, au Patrick’s, à la mi-temps de la rencontre, ce sont deux jeunes accoudés au bar qui s’en sont chargés : « L’Euro nous unit. Toi tu es parisien, et moi marseillais. Et pourtant on reste debout côte à côte. Parce qu’on n’a pas de chaises, certes, mais on est ensemble et c’est ça qui compte. »