Euro 2016: Pour Eric Deflandre, cette sélection belge a «plus de talent mais moins d’envie» que la sienne

FOOTBALL L’ancien latéral international belge revient pour « 20 Minutes » sur le changement de dimension de son pays, qui commence son tournoi lundi (21 heures) par un choc face à l’Italie…

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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En août 2003, Eric Deflandre (à gauche) n'hésitait pas à tenter de dribbler Edgar Davids lors d'un match amical entre la Belgique et les Pays-Bas.
En août 2003, Eric Deflandre (à gauche) n'hésitait pas à tenter de dribbler Edgar Davids lors d'un match amical entre la Belgique et les Pays-Bas. — YVES LOGGHE/AP/SIPA

A Lyon,

La reprise de la saison du Standard de Liège, dont il est l’entraîneur adjoint, va empêcher Eric Deflandre d’assister à Belgique-Italie ce lundi (21 heures) au Parc OL. L’ancien latéral droit aux 57 sélections [de 1996 à 2005], champion de France à trois reprises avec l’OL, explique à 20 Minutes la métamorphose du football belge, outsider d’un Euro pour la première fois depuis des siècles.

La Belgique ne va pas se cacher, elle fait bien partie des favoris de l’Euro ?

Non, cette équipe est plutôt un outsider. Elle a encore un cran à passer pour aller jusqu’au bout dans un grand tournoi. Surtout qu’il y a quand même du costaud dans la poule, entre l’Italie, la Suède et l’Irlande. Le sélectionneur n’a pas encore réussi à trouver sa formule défensive depuis la blessure de Vincent Kompany. Mais c’est vrai que nous sommes parés offensivement avec les talents individuels que sont De Bruyne, Hazard, Mertens et Witsel.

On imagine qu’être arrière droit dans cette équipe vous aurait bien branché…

Evidemment, surtout que j’ai toujours eu un tempérament offensif moi aussi. J’aimais déborder pour adresser des centres et c’est vrai que les latéraux actuels sont fort critiqués.

Vous dites-vous parfois que vous êtes passé à côté d’une grande carrière internationale car vous n’étiez pas dans la bonne génération de joueurs belges ?

J’aurais aimé jouer avec cette équipe, c’est sûr. Mais je suis fier d’avoir participé à trois grands tournois avec la Belgique. Des joueurs largement supérieurs à moi n’ont jamais eu la chance de disputer deux Coupes du monde et un Euro. A côté de la sélection actuelle, notre équipe semblait banale. Nous avions moins de talent mais beaucoup plus d’envie.

C’est ce manque d’envie qui vous fait douter d’une victoire finale de la Belgique ?

En tout cas, je pense que notre mentalité aurait mis les joueurs actuels en difficulté. Ils pourraient se surpasser et se battre davantage mais on les a sans doute habitués à ça. Les temps ont changé. Avant, on ne travaillait pas les deux pieds en Belgique. Le niveau technique individuel a donc bien évolué depuis plus de dix ans. Mais j’ai pu constater en entraînant pendant trois ans les U16 de l’académie du Standard que leur facilité technique aboutissait surtout à des jongleries. Ils avaient du mal au niveau collectif.

Seul Emile Mpenza [19 buts en 57 sélections de 1997 à 2009] que vous avez côtoyé aurait pu tenir tête techniquement à cette génération actuelle ?

Non, ces jeunes sont tous capables de faire ce qu’Emile faisait, et même plus encore.

La Belgique a manqué l’Euro en 1996, 2004, 2008 et 2012. Comment expliquez-vous autant de désillusions en éliminatoires ?

Je retiens qu’on a quand même réussi à se qualifier pour les Coupes du monde 1998 et 2002, ainsi que pour l’Euro 2000…

Sans trop de mérite pour l’Euro puisque vous le coorganisiez avec les Pays-Bas…

Ah oui, c’est vrai (sourire).

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Avez-vous déjà eu secrètement de folles ambitions dans un de ces tournois ?

Non, on savait qu’on n’avait pas une équipe pour prétendre à un titre comme l’équipe actuelle pourrait le faire. On y allait match après match en essayant surtout de passer le premier tour.

C’est seulement arrivé en 2002 avec un 8e de finale de Mondial perdu (0-2) face au Brésil de Ronaldo, Ronaldinho et Rivaldo…

On aurait pu faire quelque chose de bien car le Brésil n’était pas dans son assiette ce jour-là. Mais à 0-0, l'arbitre a refusé un but valable à Marc Wilmots. Ce n’était pas un hasard, voir le Brésil en quarts de finale d’une Coupe du monde était bien plus vendeur que la Belgique…

Cette nouvelle Belgique doit concrétiser une performance de ce genre pour franchir un cap ?

Oui, on attend un petit exploit mais j’ai peur qu’on mette ces joueurs un peu trop haut pour l’instant. Il y a beaucoup de pression et de critiques. Pour les médias, ne pas aller en demi-finales serait un Euro raté. Il faut rester les pieds sur terre : les sélections de la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal nous sont sans doute supérieurs.