Euro 2016: Comment ne pas foirer son match d’ouverture à la maison, nos conseils aux Bleus

FOOTBALL En s’inspirant du (mauvais) exemple de l’équipe de France de rugby, battue lors du match d’ouverture de 2007…

Julien Laloye

— 

Les remplaçants tricolores lors de France-Ecosse, le 4 juin 2016.
Les remplaçants tricolores lors de France-Ecosse, le 4 juin 2016. — POL EMILE/SIPA

Hand, basket, rugby, cyclisme, filles, garçons, la France a accueilli un tas de grandes compétitions dans son histoire, et si nos fiers représentants n’ont pas descendu les Champs-Elysées à chaque fois, ils se sont rarement croûtés lors du premier match… en dehors de notre XV de France préféré en 2007. C’était l’Argentine en face, c’était un Stade de France plein d’espoirs, et ce fut une humiliante défaite à la fin, moins dans le score (12-17) que dans l’attitude. Dévorés par la pression, les Bleus avaient raté leur match. Deux de ces malheureux, Damien Traille et Rémy Martin, reviennent sur le drame et les solutions pour les Bleus du foot avant vendredi contre la Roumanie à 21h.

Jusqu’à mercredi : Télévision éteinte et téléphones sur silencieux

« Le premier souvenir que j’ai, c’est qu’on était au courant de tout en direct. On avait le téléphone tout le temps allumé, les proches et la famille en lien permanent, les chaînes d’info qui ne parlaient que de ça ». Si Damien Traille devait changer quelque chose à la préparation du premier match en 2007, c’est clairement éteindre la télé et balancer son téléphone dans la Seine en crue. Entre les potes qui souhaitent bonne chance - « Ne te rate pas Damien, ça peut être énorme si vous allez au bout », les places à trouver pour la famille, les sollicitations à droite et à gauche, on a vite fait de se disperser dans tous les sens. « On a laissé trop d’énergie sur des choses inutiles avant le match. »

Probabilité que nos Bleus s’y tiennent : 10 %

Les Bleus, comme n’importe qui, sont vissés à leur téléphone en permanence. Aucune chance, donc, qu’ils traversent la semaine sans se douter de l’enjeu que revêt le match de vendredi. En revanche, on peut penser qu’ils sont un peu moins chochottes que nos Tricolores de l’époque, habitués à vivoter dans un top 14 qui n’intéresse pas grand-monde au nord de la Garonne.

Jeudi : Pas de référence aux poilus ou aux fusillés de 39-45, SVP

Qui ne se souvient pas de l’immense gêne filmée en direct d’un XV de France réuni en cercle pour écouter Clément Poitrenaud lire la fameuse lettre de Guy Moquet à sa maman juste avant le peloton d’exécution ? Au-delà du décalage hallucinant entre un mondial de rugby et un môme fusillé pour son pays, la séquence émotion rate son effet. La moitié des joueurs pleure, l’autre s’en fout royalement. « Sincèrement, moi j’étais déjà dans mon truc, j’ai écouté sans écouter », évacue Rémy Martin. Traille confirme : « Le staff a essayé quelque chose pour nous mobiliser, ça n’a pas marché. Mais ça avait fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose. »

Probabilité que nos Bleus s’y tiennent : 90 %

Deschamps n’a jamais été trop adeptes des discours napoléoniens pour motiver ses hommes. On peut donc lui faire confiance pour éviter la surcharge émotionnelle juste avant le match. Attention quand même au piège de la vidéo tournée par les proches et diffusée le matin, ça avait failli coûter cher aux Toulousains en L1.

Vendredi, vers 17h : Rideaux fermés pendant le trajet en bus

« On était à Marcoussis, un peu coupés du monde, on n’avait pas conscience de l’engouement populaire. Sur le trajet pour le Stade de France, on a pris tout dans la figure. » Rémy Martin se souvient très bien du moment où il a senti que le truc commençait à lui échapper. « Quand tu vois les gens sur la route qui t’encouragent quand ils aperçoivent le bus, les voitures en bleu blanc rouge, tu commences à t’inquiéter. »

Probabilité que nos Bleus s’y tiennent : Aucune (mais c’est pas grave)

Supposons que les 23 sélectionnés aient tous regardé les Yeux dans les Bleus jusqu’au bout, ils ont forcément en mémoire leurs prédécesseurs hallucinés de voir le monde les escorter de Clairefontaine à Saint-Denis le 12 juillet 1998. Cela n’a pas empêché la France de rouler sur le Brésil. Les coéquipiers de Pogba ont déjà pu constater la ferveur populaire qui les entourait à Biarritz, à Nantes, ou à Metz. Ils ne PEUVENT PAS être surpris vendredi.

Vendredi, 20h55 : On reste solides dans la tête pendant l’hymne

Déjà tout penauds en arrivant au stade, les hommes de Laporte s’étaient ensuite définitivement liquéfiés pendant La Marseillaise. Regardez la vidéo qui suit, on dirait que les mecs s’apprêtent à se jeter tous ensemble sous un train (oui, à l’époque, la SNCF ne faisait pas grève). « Pendant l’hymne, on est livides, tout blancs, revoit Martin. On prend conscience qu’on n’a pas le droit à l’erreur, on imagine les conséquences d’une défaite. Cette pression positive qu’on ressentait depuis le début de la préparation, elle s’est inversée en cinq minutes. Je n’ai jamais revu les images mais ça doit être flagrant. On s’est tout pris dans la figure deux heures avant. »

Probabilité que nos Bleus s’y tiennent : 50 %

Le souvenir tristounet des attentats de novembre s’estompe peu à peu, mais la Marseillaise à pleurer de Wembley, trois jours après, reste. « On a eu les jambes coupées, impossible de jouer après ça », nous avait raconté Blaise Matuidi, en larmes, comme les autres, dès les premières notes. Il ne faudra pas que les Bleus plongent à nouveau quand ils se rendront compte de l’importance de l’instant et penseront à tous ceux qui leur ont permis de vivre ça.

Vendredi, jusqu’à 23h : On ne panique pas parce que c’est plus fort que prévu en face

« Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’on ait sous-estimé l’adversaire, rembobine Traille. Les Argentins, on ne les avait battus qu’une fois depuis le mondial 1999, on était au courant de ce qui nous attendait ». Mais rien à faire, le XV de France a déjà perdu ses moyens. « On était tous un peu paniqués sur le terrain, reprend Martin. Tout ce qu’on avait préparé à l’entraînement pendant des mois, on n’y arrivait pas, tout ce qu’on tentait, ça ne fonctionnait pas. J’ai ce souvenir d’impuissance. On ressemblait à ses petits enfants qui rentrent à l’école. »

Probabilité que nos Bleus s’y tiennent : 99 %

Avec tous les pépins qu’ils se sont cognés depuis six mois, on ose espérer que les Bleus ne vont pas faire l’erreur de prendre les Roumains de haut. Notre seule crainte ? Qu’ils ne parviennent pas à marquer rapidement, ce qu’ils font sans forcer en 2016, et que le public se crispe avec eux progressivement. Rappelons que la Roumanie n’a pas d’autre ambition que de gratter un 0-0 bien dégueu. Deux petits buts encaissés en qualifications, ça veut tout dire.

>> Si vous voulez jouer et tenter de remporter l’Euro à la place de Deschamps, c’est par ici

Mettrz vous dans la tête de Deschamps pour gagner l'Euro
Mettrz vous dans la tête de Deschamps pour gagner l'Euro - Capture d'écran/20 minutes