Dopage: Mais pourquoi Mamadou Sakho aurait-il pris un brûleur de graisse?

FOOTBALL Le défenseur des Bleus a été mis à l'écart par Liverpool après un contrôle antidopage positif...

Romain Baheux

— 

Mamadou Sakho lors de Liverpool-Manchester le 10 mars 2016.
Mamadou Sakho lors de Liverpool-Manchester le 10 mars 2016. — ProSports/Shutterstock/SIPA

Le cas Benzema est réglé ? Voici le dossier Mamadou Sakho, venu pourrir la vie de Didier Deschamps à quelques jours de l’annonce de sa liste pour l’Euro. Ecarté par Liverpool après la détection d’un produit interdit dans son organisme, le défenseur des Bleus devrait son contrôle antidopage positif à un brûleur de graisse selon RMC. C’est là qu’intervient Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport et auteur en 2010 de Dopage dans le football, pour nous éclairer sur la manière dont le joueur a pu se retrouver là-dedans.

Mais ça sert à quoi un brûleur de graisse ?

Comme son nom l’indique, à perdre du poids.Incarnation du joueur puissant, Mamadou Sakho a tendance à faire monter l’aiguille de la balance ce qui lui a valu quelques remontrances du tandem Leonardo-Ancelotti lorsqu’il évoluait au PSG. « Les footballeurs sont des hommes comme les autres qui font des extras et qui peuvent ensuite avoir à les évacuer pour être plus performants, explique de Mondenard. Il paraît évident que c’est plus facile d’être meilleur si on n'a pas un boulet de graisse à traîner derrière soi. »

Ainsi, tout le monde peut se procurer des brûleurs de graisse, et les mérites de certains sont largement vantés dans de nombreuses publicités. « C’est vieux comme le monde. Nos muscles fonctionnent avec des graisses et des glucides, poursuit notre médecin. Certains produits vont vous faire consommer davantage de graisse que de glucide, c’est pour cela qu’on les qualifie de brûleurs. »

Et comment tu te dopes avec ça ?

Attention, tous les brûleurs de graisse ne sont pas des produits dopants. Retirée de la liste des substances interdites en 2004, la caféine possède cette vertu, tout comme l’éphédrine, proscrite pour le coup, qui avait valu un contrôle positif à Diego Maradona lors de la Coupe du monde 1994. « Outre son rôle sur le poids du joueur, cela permet de diminuer votre temps de réaction et votre sensation de fatigue, détaille le spécialiste du dopage. Maintenant, ça serait suicidaire d’en prendre car c’est facilement détectable. Ça serait bizarre dans un club de Premier League avec un staff médical aussi large. »

Pour l’instant, ni Liverpool ni l’UEFA n’ont communiqué l’identité du produit, détecté dans le corps du joueur le 17 mars après le huitième de finale retour de Ligue Europa entre les Reds et Manchester United. « S’il est dans cette situation, c’est que c’est forcément quelque chose d’interdit et qui lui permet d’élever son niveau de performance », souligne Jean-Pierre de Mondenard.

Mais il était forcément au courant ?

Comme tout sportif professionnel, Mamadou Sakho est bien sûr responsable de ce qu’il ingurgite. Dans les faits, le joueur peut très bien s’être retrouvé dans cette situation « à l’insu de son plein gré » pour paraphraser la marionnette des Guignols de Richard Virenque. En effet, certains compléments alimentaires recèlent des produits interdits sans les mentionner dans leur composition.

« Oui, c’est possible de se faire épingler sans avoir conscience que l’on fait quelque chose de mal, glisse Jean-Pierre de Mondenard. Maintenant, à ce niveau de performance, on n’a pas le droit de dire que l’on ne sait pas. Les compléments alimentaires, on en parle depuis suffisamment de temps pour que l’on sache que c’est risqué. »

>> A lire aussi : 150 sportifs britanniques de haut niveau se sont fait prescrire des produits interdits

C’est quelque chose de répandu chez les footeux ?

Sakho n’est pas le premier joueur attrapé à cause d’un brûleur de graisse. En 2011, son actuel équipier de Liverpool Kolo Touré avait été suspendu six mois. A l’époque, l’international ivoirien avait expliqué avoir eu recours à un produit amincissant de son épouse, ce qui lui avait permis d’obtenir une peine réduite par rapport aux deux ans encourus.

L’ancien Parisien, qui compte plaider la négligence selon le Journal du Dimanche, va également tenter d’obtenir une sanction plus faible. Reste qu’à moins de deux mois de l’Euro, elle devrait quand s’avérer bien trop longue pour lui permettre d’intégrer la liste des 23 de Didier Deschamps.