Fifa: Michel Platini peut-il toujours se présenter à la succession de Sepp Blatter?

FOOTBALL Le président de l'UEFA a été suspendu 90 jours par le comité d'éthique de la Fifa...

A.M. avec AFP

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Michel Platini, le président de l'UEFA, le 28 août 2015, à Monaco.
Michel Platini, le président de l'UEFA, le 28 août 2015, à Monaco. — VALERY HACHE / AFP

Pour lui, la course n’est pas encore perdue. Mais elle s’annonce beaucoup plus compliquée que prévue. Michel Platini, président de l’UEFA, a été suspendu 90 jours par le comité d’éthique de la Fifa, et a désormais deux jours pour faire appel. Une sanction très ennuyeuse, alors que le Français a maintenu sa candidature. Le chemin est encore long pour l’ancien meneur de jeu des Bleus avant l’élection finale, prévue le 26 février 2016. Peut-il encore gagner ? Peut-il même encore se présenter ?

Techniquement, rien ne l’en empêche (pour le moment)

Quelques minutes avant l’annonce de sa suspension, Michel Platini expliquait dans un communiqué avoir « soumis ce matin [ses] lettres de soutien indispensables à [sa] candidature à la présidence de la Fifa » (Il en faut au moins cinq provenant de cinq associations membres). Les candidats ont jusqu’au 26 octobre pour soumettre leur dossier en vue de la succession de Sepp Blatter, qui a déjà annoncé qu’il ne se représenterait pas. Le comité d’éthique, l’organe qui a prononcé la suspension de Platini, n’était pas en mesure d’invalider sa candidature. C’est « la commission électorale de la Fifa qui sera chargée d’en étudier la validité », a indiqué Andreas Bantel, porte-parole de la commission d’éthique. Elle a toutes les chances de mettre son veto.

Selon les statuts de la Fifa, cette commission électorale « doit notamment assurer l’application correcte et le respect de toutes les dispositions réglementaires de la Fifa, demander à la chambre d’instruction de la commission d’éthique de réaliser une enquête d’habilitation de tous les candidats, conformément au règlement d’organisation de la Fifa et, recueillir et proclamer les candidatures ». Elle compte trois membres : le président de la commission d’audit et de conformité (Domenico Scala), le président de la commission de discipline (Claudio Sulser) et le président de la commission de recours (Larry Mussenden).

 

Politiquement, c’est franchement mauvais

Depuis l’annonce de son intention de succéder à Sepp Blatter, Michel Platini a eu des mots très durs à l’encontre de son ancien mentor. Sans la candidature du Suisse, le Français pensait peut-être mener une campagne plus calme. C’est raté, et ce n’est sans doute pas un hasard. Le patron de l’UEFA se présente comme un candidat du renouveau, décidé à en finir avec les pratiques opaques de son prédécesseur. Le voir « mouillé » dans les méandres des affaires liées à la Fifa, qu’il soit ou non reconnu coupable des faits, est une grosse tache sur sa brochure de campagne.

Jeudi, quelques minutes avant l’annonce officielle de sa suspension, Michel Platini a d’ailleurs dénoncé « fuite délibérée qui vise à porter atteinte à [son] image ». Mercredi soir, il accuse « une source officielle de la Fifa » d’avoir annoncé la décision du comité d’éthique. Une méthode « insidieuse dans sa nature et inacceptable dans son procédé », selon Platini. Avérée ou pas, la manœuvre a marché : le Français est désormais mis quasiment dans le même sac que les autres par l’opinion. Et au passage, sa suspension va l'empêcher de faire une campagne de terrain et de rencontrer les électeurs de toutes les confédérations.

 

Personnellement, il ne craquera pas

Michel Platini a longtemps hésité avant de faire le grand saut vers la Fifa. Lors de l’élection de mai, il avait d’ailleurs refusé de se confronter à Sepp Blatter, préférant soutenir le prince Ali Hussein. Il redoutait sans doute la violence d’une campagne qui peut parfois paraître encore plus dure que la course à la Maison-Blanche. Pour le moment, le Français n’est pas décidé à lâcher prise.

Son message de ce jeudi matin s’apparente en effet surtout à une contre-attaque. « J’ai toujours agi et me suis toujours exprimé avec honnêteté, courage et franchise car j’estime que c’est mon devoir moral, déclare-t-il. (…) Il reviendra à une justice sereine, indépendante et impartiale de faire la lumière sur les faits qui ont valu à la commission d’éthique de la Fifa d’ouvrir une procédure d’instruction. »