OM: Mais au fait, que dit la loi sur la démission de Marcelo Bielsa?

FOOTBALL Le technicien argentin a claqué la porte samedi soir…

Romain Baheux

— 

Marcelo Bielsa lors de Caen-Marseille.
Marcelo Bielsa lors de Caen-Marseille. — David Vincent/AP/SIPA

« Dingue », « irresponsable », « courageux »… Depuis samedi soir, les jugements moraux pleuvent sur la démission surprise du désormais ex-entraîneur de l’OM Marcelo Bielsa. Mais le coach argentin était-il dans son droit en claquant la porte ? L’OM peut-il traîner l’affaire devant un tribunal ? Explications avec l’avocat spécialiste du droit du sport Christophe Bertrand.

Avait-il le droit de démissionner ?

Sur le papier, non. Marcelo Bielsa était encore lié à l’OM pour une durée d’une saison. L’Argentin a ni plus ni moins rompu son CDD de manière unilatérale, ce que la loi interdit sauf si le salarié a trouvé un CDI (pas à notre connaissance), si une inaptitude est constatée par le médecin du travail (mouais), en cas de faute grave de l’une des deux parties ou si un cas de force majeur l’empêche de travailler. Rien de tout ça ici.

Marcelo ne connaît pas bien son Code du Travail (Capture d’écran 20 Minutes)

Ça, c’est pour la théorie. « En pratique, c’est compliqué car c’est difficile de retenir un salarié contre son gré à un poste clé, tant les enjeux sportifs et économiques sont importants, note Christophe Bertrand. Le club est mis en porte-à-faux. » Si la méthode avait été beaucoup moins violente, Carlo Ancelotti avait aussi forcé la main au PSG en 2013 en expliquant vouloir rejoindre le Real Madrid alors qu’il lui restait une saison à tirer avant la fin de son bail.

L’OM peut-il lui exiger des indemnités ?

Oui, et le club marseillais y travaille. Selon L’Equipe, les avocats du club vont rapidement éplucher le contrat du technicien pour éventuellement lui réclamer des indemnités. La somme ne s’annonce pas énorme. Le salaire de l’Argentin pour sa dernière saison était assez proche du minimum fixé par la charte, soit 19.000 euros mensuels.

« Le code du travail dit que l’employeur peut avoir droit au préjudice subi, reste à déterminer le préjudice subi, poursuit Me Bertrand. Si le juge décide que c’est 25 milliards d’euros, c’est 25 milliards d’euros. Dans les faits, il est extrêmement rare que l’employeur arrive à obtenir l’ensemble du salaire restant. » Par principe, l’OM n’est quand même pas disposé à laisser partir Bielsa tranquillement.

Marseille peut-il l’empêcher de travailler ?

« La liberté du travail est un principe fondamental du droit, on ne peut pas empêcher quelqu’un de travailler quel qu’en soit le prétexte. Une autre procédure peut être lancée dans la sphère sportive », décrit Christophe Bertrand. Si Marcelo Bielsa signait un nouveau contrat avant que sa démission ne soit entérinée, l’OM pourrait porter l’affaire devant la Fifa et bloquer le certificat international de transfert, la fameuse lettre de sortie.

Démission de Bielsa : Faut-il le haïr ou l’aduler ?

L’Argentin pourrait en obtenir une temporaire avant que le litige ne soit tranché « La Fifa peut ensuite condamner le salarié à une amende ou à une suspension, glisse Me Bertrand. Cela serait délicat car si cela porte atteinte à la liberté du travail, l’ancien salarié pourrait attaquer la Fifa en Suisse ou dans son nouveau pays de résidence. » Un scénario improbable ; rentré lundi dans son pays natal, Marcelo Bielsa aurait refusé le poste de sélectionneur du Mexique et s’est retiré dans sa propriété à proximité de Rosario. On vous laisse choisir le qualificatif adapté à sa décision.