Election à la Fifa: Ce qui pourrait faire perdre (et gagner) Michel Platini

FOOTBALL Le boss de l’UEFA est officiellement candidat à la présidence de la Fifa…

B.V.
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Michel Platini lors d'une conférence de presse de l'UEFA en Turquie en 2007 (AP Photo/Ibrahim Usta)
Michel Platini lors d'une conférence de presse de l'UEFA en Turquie en 2007 (AP Photo/Ibrahim Usta) — IBRAHIM USTA/AP/SIPA

« Je suis à l’un de ces instants décisifs, à la jonction du cours de ma vie et des événements qui dessinent l’avenir de la FIFA. » Cette fois, c’est officiel : Michel Platini est candidat à la présidence de la Fifa. Patron de l’UEFA depuis 2007, il souhaite prendre la suite de Sepp Blatter, démissionnaire après les affaires de corruption qui ont émaillé la Fédération internationale. Avec le statut de favori. A six mois de l’élection, prévue pour le 26 février 2016, 20 Minutes dresse la liste des arguments qui permettront à Platini de l’emporter. Ou qui la coûteront la victoire.

Ses atouts

Il est légitime

Cela fait désormais huit ans que Michel Platini règne avec succès sur l’UEFA. Ses trois mandats (le troisième a démarré cette année) se sont déroulés sans grands scandales, ce qui est déjà une performance dans le monde du football. D’autre part, les finances de l’instance européenne se portent à merveille (8,3 milliards de dollars de revenus entre 2011 et 2014, selon lemonde.fr) avec une très bonne gestion des droits TV sur les grandes compétitions, notamment la Ligue des champions

Membre du comité exécutif de la Fifa de facto en tant que président de l’UEFA, il ne serait évidemment pas étranger au fonctionnement de sa grande sœur, la Fifa. Et cette « promotion » semblerait finalement assez logique. « Tous les Européens pensent que Michel est le meilleur », déclarait ainsi le président la Fédération française, Noël la Graët, après la démission de Sepp Blatter.

Il a des idées

Lorsqu’il a pris la place de l’indéboulonnable Lennart Johansson à la tête de l’UEFA en 2007, ce n’était pas pour prendre un simple relais. Michel Platini est arrivé avec ses idées et si certaines ont été fortement contestées, il faut au moins reconnaitre à « Platoche » sa volonté de moderniser le sport le plus conservateur du monde. Trois « réformes » définissent ainsi ses mandats :

  • Un renouvellement du Championnat d’Europe. L’Euro 2020 se déroulera dans 13 pays différents et non plus dans un ou deux pays. Platini cherche à rendre la compétition plus européenne en l’offrant un peu à tout le monde – il y aura par exemple quatre matchs en Azerbaïdjan et en Roumanie, sans que cela ne ruine les petits dont les infrastructures sont les moins développées, comme ça avait le cas en Ukraine lors de 2012. Dans cette logique d’élargissement, le championnat d’Europe est passé de 16 à 24 équipes à partir de 2016.


 

  • L’ouverture de la Ligue des champions. Considérée comme la propriété des plus puissants clubs d’Europe, la Ligue des champions a été légèrement retouchée en 2008 par Michel Platini. Avec pour objectif de donner une meilleure place aux « petits pays », qui sont notamment un peu plus protégés lors du tour préliminaire permettant l’accès à la Ligue des champions.
  • La mise en place du fair-play financier. Son objectif est « d’améliorer la santé financière générale du football interclubs européen » selon l’UEFA elle-même, permettant entre autre d’éviter le surendettement des clubs et les faillites.

 

Il est populaire

Dans les médias comme dans l’opinion publique, Michel Platini jouie d’une assez bonne image. Bon communiquant, ancien joueur de génie capable de saillies un poil démagos sur certains cancres de l’équipe de France actuelle, Platoche inspire plutôt la sympathie aux yeux grand public. Surtout, il donne l’impression d’aimer le football par-dessus tout, ce qui ne semblait pas tout à fait être la priorité de Sepp Blatter. Enfin, en s’assurant du soutien des pays de l’Est (voir plus haut) tout en évitant de froisser les plus forts, il a su tisser des liens solides dans le foot européen, où il est incontesté et incontestable. A l’UEFA, Everybody loves Michel.

Ses handicaps

Il fait partie du « système »

Il a beau se poser en opposant numéro un de Sepp Blatter depuis plusieurs années, Michel Platini ne marquerait pourtant pas tant que ça la rupture avec l’ancienne direction, dont il est membre du comité executif depuis huit ans. « Ce qui m’énerve, c’est que tout le monde parait offusqué. Avant Blatter, il y avait Havelange. Blatter était son secrétaire général, on peut donc s’imaginer qu’il était déjà au courant… Ça fait 20 ans que Michel Platini travaille avec Blatter et il est étonné ! Il dit : “Il faut qu’il parte ! C’est scandaleux !" C’est ce qui me fait rire » s’emportait le champion du monde 1998 Christophe Dugarry sur RMC. « Platini n’est pas bon pour la Fifa, enjoint son futur adversaire aux élections, le prince Ali Bin Al Hussein. La Fifa est engluée dans le scandale. On doit arrêter le "business as usual". Les pratiques d’arrières salle, de dessous de table, doivent stopper. (…) Ce qui est clair c’est que la Fifa a besoin d’un nouveau leadership, indépendant, étranger aux pratiques du passé. » Ceux qui souhaite repartir à zéro préfèreront ainsi la candidature d’un homme « frais » comme Figo, voire Maradona.

(l’organigramme de la Fifa)

Il a voté pour le Qatar

C’est sa casserole. Assurant avoir voté pour la candidature du Qatar 2022 en « toute indépendance » et avec la volonté simple « d’ouvrir à des pays qui n’ont encore jamais organisé » la Coupe du monde, Platini est accusé d’avoir des liens forts avec l’Emirat, qui pourrait perdre l’obtention du Mondial pour corruption. Plusieurs enquêtes – ainsi que des propos de Sepp Blatter - font état d’un dîner entre le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, l’émir du Qatar et Michel Platini à une semaine du vote, en 2010.

Si Platini réfute avoir subi la moindre pression de la part de Sarkozy pour choisir le Qatar, d’autres rapports, notamment du quotidien anglais The Telegraph, assurent que l’ancien n°10 des Bleus s’est entretenu régulièrement avec le Qatari Mohamed Bin Hamman, radié à vie quelques temps plus tard pour achats de voix. Sans que la probité de Michel Platini ne soit remise en cause. De plus, son fils Laurent Platini est depuis 2012 directeur financier de Burrda Sport, un équipementier lié à un fonds d’investissement qatari. « Penser un seul instant que mon père est achetable sous prétexte que je travaille pour des Qataris, c’est hallucinant, a-t-il répondu dans les colonnes du Parisien. Les gens qui nous connaissent savent que nous sommes intègres, l’un comme l’autre. »

Il est trop européen

Pour être élu à la tête de la Fifa, les voix de l’UEFA ne suffisent pas. Et là où Blatter excellait, c’est-à-dire dans la séduction des nombreux votes africains, asiatiques et océaniques – une fédération = une voix –, Michel Platini part avec un peu de retard. D’abord parce qu’il reste dans l’esprit de beaucoup l’ennemi n°1 de Blatter, et que le Suisse possède le soutien inconditionnel de ces trois continents. Mais surtout parce qu’il représente le football des puissants d’Europe, l’UEFA, en opposition avec celui des petits pays, dont la crainte principale est de se faire « bouffer ». A lui de s’ouvrir, comme il a réussi à le faire avec l’Europe de l’Est.