Barça-PSG: «Si le Barça joue en regardant sa montre, ça peut mal se passer»

INTERVIEW Juan Francisco Carrasco, ancien joueur catalan, se méfie de la réaction parisienne en quart de finale retour de la Ligue des champions…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Neymar et Messi avant le match retour face au PSG.
Neymar et Messi avant le match retour face au PSG. — ADELANTADO/MARCA/SIPA

De notre envoyé spécial à Barcelone

«El lobo» Carrasco est le Pedro de son époque, celle des années 1980, avant Cruyff, la dream team et le «más que un club» global. International espagnol -il a joué l’euro 84- et propriétaire de l’aile droite du Barça pendant dix ans, celui qui s’est reconverti en consultant de luxe pour les médias espagnols, était du fameux Barcelone-Metz de 1984, le plus grand exploit jamais réalisé par un club français au Nou Camp. Une malheureuse expérience qui lui fait dire que le PSG peut encore se qualifier, malgré le score très défavorable du match aller (1-3).

Avec le recul, avez-vous été surpris par le scénario du match aller et la facile victoire du Barça au Parc des Princes?

Ça ne m’a pas surpris sur le plan du jeu, parce que le Barça a pu appliquer sa philosophie face à une équipe qui lui a laissé la possession du ballon et a choisi d’évoluer en contre-attaque. Pastore n’a pas eu la même influence que d’habitude, et à partir de là cela a tout changé pour Paris. Mais il faut prendre en compte la blessure de Thiago Silva, les absences d’Ibrahimovic, de Verratti…Le Barça en a profité parce que le niveau technique des Parisiens baisse d’un cran sans ces joueurs. C’était la logique d’un soir.

Pensez-vous que le PSG puisse renverser la situation mardi?

Vous parlez à quelqu’un qui a joué le match contre Metz. Eux aussi croyaient qu’ils avaient déjà perdu avant de venir au Nou Camp. J’avais marqué au début de match au retour, et à ce moment-là, on a tous pensé que c’était fini. Ils ont égalisé, se sont mis à croire un peu, et puis d’un coup, l’état d’esprit a changé des deux côtés. Le stade était à moitié vide parce que personne ne pensait qu’on pouvait être éliminés, et puis ils ont fini par nous mettre dehors. Dans ce type de matchs, il faut être très bon sur le premier quart d’heure. Si le Barça joue prudemment en regardant sa montre, ça peut mal se passer.

Vous y croyez vraiment, à ce scénario noir pour le Barça?

Sincèrement, oui. C’est même le titre de ma chronique dans le Mundo Deportivo de mardi ! «Danger imminent.» Si on laisse le PSG manœuvrer à sa guise, avec Pastore et Verratti aux commandes, attention. Si les Parisiens voient que le Barça joue à reculons et ne se met pas au niveau physiquement, ce qui est la grosse faiblesse de cette équipe qui n’est pas capable de jouer à un rythme très élevé…Encore une fois, tout va dépendre de l’entame. Mais pour moi, c’est loin d’être déjà gagné pour le Barça.

Croyez-vous les joueurs catalans capables de prendre le match de haut?

Non, je ne crois pas. Tout le monde ici a en tête le match incroyable du PSG à Chelsea. Se qualifier comme ça, à dix contre onze, en dominant de la tête et des épaules, pour moi c’est le plus grand exploit de cette Ligue des champions. Imaginez qu’ils marquent un but rapidement ce mardi, ils se diront que c’est possible. Ça peut arriver. Manchester City a mis en danger le Barça ici l’an passé, le Bayern, en a mis trois il y a deux ans. Et Schalke a failli éliminer le Real Madrid à Bernabeu cette année. Avec des joueurs d’un tel niveau, chaque minute passée peut tout changer.

Le PSG a de fortes chances de s’arrêter une nouvelle fois en quarts malgré tout. Que manque-t-il à cette équipe pour remporter la Ligue des champions?

On parle beaucoup du pouvoir économique du PSG, mais avec le fair-play financier, le Barça, le Bayern ou le Real, ça reste au-dessus en termes d’effectif. Evidemment que les Parisiens ont les moyens de gagner la Coupe d’Europe, même sans recruter un tel ou un tel, il y a de très grands joueurs dans cette équipe, mais il lui faut apprendre à garder la tête froide dans les très grands matchs. Il y a trop de joueurs qui n’évoluent  pas au niveau qui est le leur quand ça compte.  

C’est une question d’approche mentale?

Pour moi, le modèle footballistique de Blanc est le bon, mais il faut être sûr de l’appliquer quand c’est difficile, en quart de finale ou en demi-finale de Ligue des champions. Il faut assumer son style jusqu’au bout. Au Barça, quand on a Messi, Mascherano, Piqué, Busquets, tous ces joueurs qui ont une telle expérience, c’est plus facile. Regardez le match d’il y a deux ans. Le PSG était bien meilleur sur le terrain, mais quand Messi est rentré sur une jambe, toute l’équipe a pris peur et a reculé de vingt mètres. C’est ce genre de détails qui fait la différence. 

Mais le PSG a pris de l’expérience depuis deux ans, non?

On pouvait le penser après le match de Chelsea, mais le Barça n’est pas une équipe qui laisse la responsabilité du jeu à l’adversaire, comme les Anglais. C’est un adversaire qui correspondait bien au PSG, qui aime dominer et décider des événements. Mais pour moi, on ne peut pas prétendre gagner une Ligue des champions tant qu’on n’a pas réussi à sortir le Barça, le Real, ou le Bayern. C’est à ce moment-là que Paris prendra conscience que c’est possible. Mais, je le répète, cela peut arriver ce mardi. Si le Barça n’est pas dans son assiette d’entrée, je suis persuadé que le PSG passera.