Chelsea-PSG : L’Angleterre pense encore (un peu) que David Luiz est une arnaque

FOOTBALL José Mourinho a gentiment poussé dehors le défenseur le plus cher du monde l'été dernier…

Julien Laloye

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David Luiz pris à partie par ses anciens coéquipiers, le 17 février 2015
David Luiz pris à partie par ses anciens coéquipiers, le 17 février 2015 — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

A Paris, tout le monde l’adore, surtout les journalistes, saisis d’émerveillement quand un joueur de foot daigne leur adresser la parole en zone mixte, en plus avec le sourire. Pour un peu, on lui baiserait les pieds de reconnaissance. Ses coéquipiers aussi n’en disent que du bien, et son entraîneur est carrément amoureux. «Il est agréable et accommodant avec tout le monde, c’est quelqu’un qui a une joie de vivre assez communicative. Et puis sur le plan professionnel, je pense qu’il est en train de monter en puissance. On l’a pris pour nous donner de la solidité défensive dans les grands rendez-vous, qu’il continue comme ça.»

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«Zouma a coûté dix fois moins et est dix fois meilleur»

Autant de compliments qui feraient pouffer de rire tout Buckingham si on était capable de les traduire dans un anglais décent. Car figurez-vous qu’à Londres, David Luiz est d’abord un sujet de plaisanterie. Il se murmure même que José Mourinho a frisé l’apoplexie quand il a appris que le PSG était prêt à l’en débarrasser pour 50 millions d’euros l’été dernier. «Une somme pareille pour reconstituer la charnière qui a pris 7-1 en demi-finale de Coupe du monde, c’est vrai qu’on vous a bien eu», rigole Andrew, la quarantaine ventrue, maillot de John Terry sur le dos. «Surtout qu’on a acheté Zouma pour dix fois moins et qu’il est dix fois meilleur.» Fan de Zouma ou pas, l’ancien Stéphanois incarne aux yeux des observateurs locaux tout ce qui manque au défenseur brésilien: sérieux, clairvoyance et discipline tactique.

En Angleterre, où Churchill a pourtant tout fait pour développer l’amour canin de ses concitoyens en baladant son Rufus partout, on n’a jamais adopté le style chien fou de David Luiz. Certes, le jeune homme a tendance, parfois, a s’ébrouer comme un épagneul en pleine puberté, oublieux des consignes et de tout le reste. «On dirait un joueur de PlayStation contrôlé par un gamin de dix ans dans la foule» a un jour lancé Gary Neville, devenu consultant. Depuis, la blague colle à la peau du Parisien, malgré son rôle prépondérant dans la conquête de la Ligue des champions en 2012. «Ici, on aime se moquer du défenseur le plus cher du monde, écrit Barney Ronay dans le Guardian. La façon dont il court avec le ballon, tel un cheval de carnaval grossièrement maquillé. La façon dont il produit régulièrement une méga-bourde, quand son cerveau s’arrête de fonctionner et qu’il devient une calamité défensive.»  

«Si Mourinho le laisse partir, c'est qu'il n'est pas fou»

«Si c’est une pièce maîtresse de son équipe, Mourinho ne le laisse pas partir cet été. Il n’est pas fou, renchérit Edouard Cissé, consultant pour Canal+. Il a réfléchi à son truc, il a vu qu’il pouvait trouver aussi bien pour l’équilibre de son équipe même si c’est peut-être moins fort intrinsèquement.» De fait, quand il ne mise pas sur un Cahill pour épauler l’immarcescible John Terry, le manager portugais opte pour Kurt Zouma, «son nouveau Marcel Desailly», alors que Matic couvre les (petites) folies des uns et des autres au milieu de terrain, là où David Luiz évoluait l’an passé par défaut. Chelsea y a-t-il vraiment gagné au change? Barney Ronay n’en est pas persuadé.

«L’opinion majoritaire, en Angleterre, c’est que les points ports de Chelsea inculqués par Mourinho –l’organisation, la discipline- correspondent peu ou prou aux points faibles de David Luiz. Mais l’inverse est également vrai. Les choses que David Luiz sait faire -la générosité, l’optimisme, l’envie d’attaquer- peuvent mettre en relief certaines faiblesses de Mourinho». Comme le calcul tactique, l’inclination naturelle à en faire le moins possible en attaque, et un attentisme coupable dans les matchs à élimination directe. Cela tombe bien, c’est tout ce qu’il faudra éviter mercredi.