Tour de France: Chris Froome a-t-il déjà gagné ?

CYCLISME Le Britannique a assommé la concurrence dans la montée vers La Pierre-Saint-Martin ce mardi…

Nicolas Camus

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Chris Froome a remporté la 10e étape du Tour de France, la première en haute montagne, le 14 juillet 2015 à La Pierre-Saint-Martin.
Chris Froome a remporté la 10e étape du Tour de France, la première en haute montagne, le 14 juillet 2015 à La Pierre-Saint-Martin. — Christophe Ena/AP/SIPA

On le sentait venir après la première semaine, c'est désormais une évidence. Il n’y a qu’un seul « Fantastique » sur le Tour de France. Un seul col, le premier de cette édition 2015, a suffi à Chris Froome pour étaler sa supériorité dans le petit groupe des quatre favoris désignés - avec Contador, Nabali et Quintana. Ce mardi, dans la montée finale vers La Pierre-Saint-Martin (15,3 km à 7,4 % de moyenne), le Britannique de la Sky a écarté ses adversaires un par un, et dispose déjà de près de 3 minutes d’avance au classement général sur son dauphin… le 5e homme, Tejay Van Garderen. A-t-il déjà le Tour ? Sauf énorme défaillance, tout semble l’indiquer.


Ses adversaires ne sont pas au niveau attendu

Parmi ses trois principaux rivaux, seul Nairo Quintana semble pouvoir suivre Froome - à une distance raisonnable pour l’instant - en montagne. Dernier des favoris à lâcher, il peut espérer l’embêter plus longtemps dans les prochains jours, lorsqu’il aura bien pris le rythme de la montagne. Mais lorsque l’on voit que Richie Porte, coéquipier de Froome chez Sky, le dépose pour aller chercher la 2e place sur cette 10e étape, cela n’incite guère à l’optimisme pour le suspense.

Alberto Contador semble, lui, ne pas avoir suffisamment récupéré après sa victoire sur le Giro. Il a craqué vite, à 7 km du sommet, alors que le Britannique n’avait pas encore produit son effort. Et que dire de Vincenzo Nibali, à l’agonie après seulement 5 km de montée. « Je n’arrivais pas à garder le rythme, à trouver le souffle. Comme si j’étais sans forces… Je ne suis même pas le petit frère du Nibali de l’année dernière », a déploré le Sicilien à l’arrivée. Triste constat d’impuissance.

Son équipe est une machine de guerre

Sur le papier, elle faisait peur. La première étape de montagne a confirmé cette impression. La team Sky est bâtie pour remporter le Tour. Quand on dispose de Richie Porte, Geraint Thomas ou Wouter Poels pour faire le boulot au pied des cols, forcément, ça aide.

Ce mardi, derrière leur leader, Porte (2e) et Thomas (6e) ont été énormes. Avec de tels lieutenants, difficile d’imaginer Froome en perdition sur une étape. Il sera toujours choyé, protégé, entouré par une équipe dont la domination sans partage dans le col de Soudet a fait grincer quelques dents. Et résigner presque tout le monde. « Il est entouré par des garçons qui seraient tous leaders dans d’autres équipes. Quand on voit que Richie Porte va partir pour être leader dans une autre grande équipe, cela situe le niveau des Sky, raconte Jean-René Bernaudeau, le patron d’Europcar. Ils étaient encore quatre à aider Froome à huit kilomètres du but. C’est un luxe pour un leader ».


Encore plus motivé après la désillusion de l'année dernière

Vainqueur en 2013, Froome avait déchanté lors de l’édition 2014. Grand favori, il avait dû abandonner lors de la 5e étape, victime de chutes en série. Cela n’a fait que renforcer sa motivation pour cette année. La manière dont il a roulé lors de la 4e étape, celle des pavés, laisse parfaitement imaginer le perfectionnisme avec lequel il a préparé son coup. Pas question, cette fois, de voir s’envoler un nouveau sacre. «Dès la minute qui avait suivi mon abandon l'an dernier, j'avais déjà le regard tourné vers l'édition 2015. Ma préparation avait débuté !», avait-il d'ailleurs prévenu.

La forme affichée dès le premier col ne laisse pas de place au doute. Le Tour, c’est tout ce qui compte dans sa saison. « Froome ne peut plus être battu que par lui-même », juge Bernaudeau. « Chris a montré toute son autorité », estime pour sa part Contador. Bousculer le robot de la Sky s’annonce comme une mission quasi-impossible.