Coupe du monde de rugby: Comment le rugby français en est-il arrivé là ?

RUGBY Après une humiliation impensable face à la Nouvelle-Zélande  (62-13)…

Julien Laloye

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Le XV de France doit tout remettre en question.
Le XV de France doit tout remettre en question. — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Cardiff,

Une courte nuit de sommeil n’a rien changé à l’affaire. La claque monstrueuse infligée par les Blacks fait toujours aussi mal. Ce dimanche 18 octobre 2015, le rugby français est en ruine, plus encore qu’après la déroute de 97 face aux Springboks, quand la France avoir pris en pleine poire la transformation de rugbymen amateurs en athlètes au physique de bêtes de combat. Le chantier pour refaire du XV de France une équipe compétitive à l’international est immense. Il y a tellement de choses à changer, qu’on ne sait par où commencer. Essayons quand même.

L’incurie d’une fédération « à la papa »

Pierre Camou était évidemment présent dans les travées du Millenium. On aurait pu s’attendre à ce que le président de la FFR vienne assumer la déroute devant les médias. Il a filé en douce. Toutes proportions gardées, une telle lâcheté rappelait l’impuissance de Jeen-Pierre Escalettes à Knysna. Pourtant, il y en aurait des choses à dire sur la gestion de la Fédé, à commencer par cette convention en trompe l’œil signée avec la Ligue pour décider de la mise à disposition des internationaux. « Pas plus de 30 matches par saison, avec les 20 dernières minutes qui ne comptent pas, les phases finales qui ne comptent pas… » ironise Saint-André.

La présence encombrante et inutile de Blanco pour encadrer le staff fait aussi bien rigoler avec le recul. « On va gagner parce qu’on est Français », nous avait confié l’ancien arrière flamboyant des Bleus, comme bloqué 20 ans arrière, un moment de gêne intense. Si la campagne de Bernard Laporte pour les élections de 2016 a débuté dans le scepticisme, l’ancien sélectionneur et Secrétaire d’Etat dispose désormais d’un boulevard pour appeler au grand soir. « Je n’ai pas envie d’accabler le staff ou les joueurs, disait l’intéressé à BFM après la défaite. C’est tout le rugby français qui est responsable »

Un championnat mortifère pour l’équipe nationale

« C’est sûr qu’on a un championnat attractif avec beaucoup de beaux joueurs, beaucoup de stars, sauf qu’aujourd’hui on est quand même enfermés dans un certain système. On est toujours dans les guerres de tranchée, et c’est compliqué. On ne peut pas continuer à jouer 40 matchs par an, sinon la France ne sera jamais championne du monde ». Lancé seul dans un monologue touchant, Pascal Papé a fait le constat amer d’un rugby français qui creuse lui-même sa tombe.

Parmi toutes les grandes nations du rugby, il n’y a qu’en France où les joueurs pensent d’abord à leur club, qui les paye grassement, qu’à l’équipe nationale. Pour la première fois en 2015, le budget de la Ligue a d’ailleurs dépassé celui de la Fédération (106 millions d’euros contre), et cette dernière ne peut que constater les dégâts des saisons à rallonge. Le sélectionneur récupère des zombies épuisés par les cadences infernales. Depuis quatre ans, les Bleus ont joué en moyenne 40 matchs par an. Leurs adversaires, 25 grand maximum. « Ce n’est pas avec trois mois de préparation en quatre ans qu’on pouvait espérer gagner ce match », explique PSA.

Des joueurs qui ne savent plus jouer au ballon

Sur ce point, on touche évidemment à la responsabilité du staff actuel. Contre les Blacks, les Bleus ont décidé d’envoyer du jeu. Enfin, ils ont essayé. Mais la différence de technique individuelle a sauté aux yeux, comme la déprimante prévisibilité de toutes les combinaisons lancées par notre ligne de trois-quarts. Entendre les Blacks nous faire croire qu’ils s’attendaient « à un rugby imprévisible et plein de french flair » a fait mal à notre petit cœur tricolore.

Peu importe si c’est la faute d’un top 14 où les luttes à mort qui s’engagent chaque week-end pour une place de barragiste où autre tuent progressivement le jeu, mais le rugby français n’est pas que largué physiquement, il l’est aussi dans son ambition avec le ballon. « On est sur un rugby où la mêlée est importante, la touche est importante, les ballons portés sont importants. On est bons en mêlée, mais la première mêlée est à la 33e minute (rires), se désole Saint-André. Donc il y a des choses qui sont plus importantes que la mêlée, dans le rugby international. Les déplacements, la technique individuelle, les rucks… »

Un réservoir d’une tristesse à mourir

Il est facile de penser que tout va rentrer dans l’ordre avec Guy Novès, l’entraîneur le plus titré du monde, probablement. Mais outre le fait que l’ancien entraîneur toulousain a perdu le modjo depuis un petit moment, et qu’il se murmure dans le milieu que ses méthodes de management sont gentiment dépassées, il ne peut rien révolutionner : ce n’est pas comme si le staff n’avait pas testé 83 joueurs en quatre ans pour en arriver à prendre 60 pions contre la Nouvelle-Zélande.

Il y a bien quelques cas symboliques, comme Trinh-Duc, Mermoz, Médard, des espoirs intéressants (Bézy, Plisson, Camara), mais pas de Carter ou de Savea laissés sur le bord du chemin, ni de grandes promesses à l’horizon. « Le fond du problème, c’est la façon dont on organise nos compétitions, la façon dont on forme nos jeunes, et pourquoi on n’arrive pas à sortir de talents, explique Jean-Baptiste Elissalde à Sport365. On manque cruellement de talent ce week-end et ça a sauté aux yeux ».