Coupe du monde de rugby: Pascal Papé « est inquiet pour les générations futures » du rugby français

RUGBY Après la défaite historique contre les All Blacks (62-13)…

Julien Laloye
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Pascal Papé essaie d'attraper Daniel Carter, en vain.
Pascal Papé essaie d'attraper Daniel Carter, en vain. — BPI/REX Shutterstock/SIPA

De notre envoyé spécial à Cardiff,

Il n’a rien gardé pour lui. Une grosse heure après la fin de son dernier match international, Pascal Papé ne s’est pas défilé en zone mixte. Le deuxième ligne parisien n’a pas parlé des heures de l’impuissance presque insupportable des Bleus au Millenium, mais a tenu à en expliquer les raisons. Son discours sur l’avenir du rugby français est inquiétant.

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Quel sentiment domine après ce match ?

Evidemment qu’on est les premiers fautifs car ce soir (samedi soir), c’est nous qui étions sur le terrain mais depuis quatre ans, et je m’en veux de finir ma carrière en bleu sur un match à 60 points, mais je suis désolé… Même avant c’était déjà compliqué. Il faut que le rugby français se mette autour d’une table et qu’on pense un peu équipe de France, qu’on n’arrête un peu de regarder le bout de son nez car sinon, tout prochain sélectionneur sera dans la galère. Il n’y aura pas de magicien en équipe de France. Il faut aussi écouter les joueurs.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

Ça fait un moment qu’on se bat, qu’on dit qu’on a beaucoup trop de matches. Il faut que la Ligue et la Fédération se mettent d’accord pour qu’on tire tous pour l’équipe de France car c’est quand même la vitrine du rugby en France. Si un jour on veut être champions du monde et avoir une équipe de France performante, il faut aussi s’asseoir et discuter parce que là ce n’est plus possible.

En 2011, c’était déjà le même constat, et la France perd d’un point en final, non ?

2011, c’est un parcours atypique. Personne ne le refera. Tu perds deux matches de poule, tu te qualifies quand même, tu fais un exploit contre l’Angleterre (en quart), t’as de la chance contre les Gallois et tu fais un gros match en finale. Mais voilà, ça a été un pansement à l’époque. Le rugby, il évolue dans tous les autres pays, on voit les que toutes les équipes nationales évoluent, sauf nous.

Que faut-il faire pour ne plus jamais revivre un match comme celui de ce soir ?

Je me fais du souci pour les nouvelles générations car ça va être de pire en pire. Vous avez vu tous les blessés dans cette Coupe du monde. Il faut des plages de préparation plus importantes, de plages de repos plus importantes, moins de matches dans la saison, ça, c’est une certitude. Sinon, l’équipe de France n’est pas prête d’être championne du monde. Moi, ma carrière est finie, donc c’est simplement une alerte que j’envoie à tous mes dirigeants, à la Fédération, à la Ligue.

Le top 14 est responsable de tous les maux, selon vous ?

C’est sûr qu’on a un championnat attractif avec beaucoup de beaux joueurs, beaucoup de stars, sauf qu’aujourd’hui on est quand même enfermés dans un certain système. L’Angleterre, la Ligue Celte, il y a plus de jeu. Nous, on est toujours dans les guerres de tranchée, et c’est compliqué. Je tenais à la dire car ça me fait chier depuis cinq ans. Il ne faut pas qu’on se cache et qu’on ouvre aussi notre gueule parce que c’est nous qui sommes sur le terrain. Des jeunes vont prendre le relais et s’ils veulent des résultats, il faut qu’ils s’expriment et qu’on prenne en compte leur parole, car si on continue ces guéguerres, je crois qu’on n’aura pas de solution magique.