Championnats du monde: Mais bon sang, pourquoi on est tous tombés amoureux du biathlon ?

BIATHLON Les Mondiaux commencent à partir de jeudi à Oslo…

B.V.

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Martin Fourcade, le 11 janvier 2016
Martin Fourcade, le 11 janvier 2016 — Kerstin Joensson/AP/SIPA

Le biathlon, c’est la vie. Et si depuis plusieurs années 20 Minutes mène le front de la propagande pro-carabine comme un vulgaire Donald Trump, il faut bien reconnaitre que c’est le passage en clair qui a fait exploser la popularité de ce sport. « Des niveaux records notamment lors de la mass start de Ruhpolding : 630.000 spectateurs en moyenne avec des pics à 727.000 téléspectateurs », nous dit le communiqué de presse de l’Equipe 21, nouveau diffuseur heureux des exploits de Martin Fourcade et co. Autant dire que les championnats du monde, qui débutent jeudi, risquent d’être un nouveau carton. Et on essaie de comprendre pourquoi avec Alexis Bœuf, ancien biathlète et aux commentaires pour l'Equipe 21 cette semaine.

  • C’est un sport simple

« Quand on ne connaît pas le biathlon, on a l’impression que c’est un sport compliqué. Mais il suffit de regarder quelques courses pour comprendre et après, ça va. Et puis, dans la nature lui-même c’est un sport qui plait, avec le mélange de deux disciplines qui s’opposent totalement. »

  • Parce qu’on a de belles images

« La production télé et images du biathlon a toujours été bien mis en avant car on a la chance d’avoir une fédération internationale (IBU) très forte et très exigeante. La FIS (ski alpin, combiné nordique, saut à ski, etc) a beaucoup de sports à gérer et ne peut pas se concentrer sur une seule spécialité pour apporter chaque année des améliorations. »

Une biathlète dans l'ombre
Une biathlète dans l'ombre - Simon Bruty/AP/SIPA
  • On s’emmerde jamais

« Le biathlon a vraiment été construit par l’IBU pour qu’il puisse être exploité de la meilleure façon possible pour la télévision. Les courses tiennent en haleine les téléspectateurs avec des formats courts, attrayants et dynamiques. A part l’individuelle, qui dure plus longtemps et qui est de plus en plus délaissée, les courses durent en moyenne 40 minutes. C’est suffisamment court pour qu’il n’y a pas de temps mort, mais suffisamment long pour qu’il y a des rebondissements »

  • Une course peut se perdre en cinq secondes

« C’est ça qui fait la grande force du biathlon. Jusqu’au dernier tir rien n’est joué, ça arrive de craquer quand on est en tête. En vélo, si un homme de tête a deux minutes d’avance, à moins d’une chute, c’est gagné… En biathlon, la pression peut te faire terminer 5e ou 10e. »

  • Parce qu’on sait tous qu’à leur place, on aurait raté la dernière balle

« C’est presque le plus difficile à faire comprendre aux téléspectateurs : une personne sur deux l’aurait loupé cette balle. On voit les athlètes enchainer de très bons tirs et quand ils loupent, les gens pensent que c’est juste qu’ils n’avaient pas les reins assez solides. Le défi c’est d’arriver à expliquer aux téléspectateurs que même pour les grands champions c’est plus facile de rater la balle que de la mettre. Le tir, c’est un puits sans fond : personne ne peut réussir à être régulier sur toute sa carrière. Les hauts et bas de Bjoerdhalen, la plus grande star de l’histoire de ce sport, le montre bien. »

  • C’est la guerre !!

« D’une manière globale, les gens aiment les sports d’endurance. On peut lire la souffrance sur le visage des athlètes. Pour gagner, il faut en vouloir, c’est un effort difficile poussé à l’extrême. On peut se faire mal à l’entraînement mais la compétition met dans un autre état d’esprit. Il est difficile de se concentrer et un tir peut tout changer, à la différence du vélo. »

Un biathlète dans le dur
Un biathlète dans le dur - Robert F. Bukaty/AP/SIPA
  • L’effet Martin Fourcade

« Pour moi, c’est peut-être ce qui vient en dernier. Forcément, ça aide d’avoir un Français qui gagne et qui est très populaire. Mais la France a toujours eu la chance d’avoir de grands champions. Ça a commencé avec Patrice Bailly-Salins dans les années 80. Puis on a eu Raphaël Poirée et de nombreux champions olympiques (Vincent Defrasnes, Vincent Jay, Florence Baverel). Le problème, c’est qu’avant on ne pouvait voir ces coureurs que lors des JO. Avec l’Equipe 21 et le passage en clair, ça a créé une ouverture pour le public, une ouverture pour les suivre presque quotidiennement. »

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