L'argent de la corruption aurait servi pour la présidentielle au Sénégal

ATHLETISME L'ancien président de la Fédération internationale, Lamine Diack, a fait d'étonnantes révélations aux enquêteurs et évoqué une demande d'aide aux Russes... 

N.C.

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Lamine Diack, ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme.
Lamine Diack, ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme. — Kin Cheung/AP/SIPA

On appelle ça des aveux croustillants. Le Monde daté de samedi révèle le contenu des déclarations de Lamine Diack aux enquêteurs de l’Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales, début novembre. Ce que raconte l’ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), mis en examen pour « corruption passive » et « blanchiment aggravé », est particulièrement intéressant.

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En résumé, l’argent versé par les athlètes russes à des hauts responsables pour ne pas être suspendus malgré des contrôles antidopage positifs a servi, au moins en partie, à financer les desseins politiques de Diack dans le cadre de l’élection présidentielle au Sénégal en 2012.

« J’avais besoin de financements »

« Je vous ai dit qu’il fallait à cette période gagner la ''bataille de Dakar'', c’est-à-dire renverser le pouvoir en place, a-t-il raconté. Il fallait pour cela financer notamment le déplacement des jeunes afin de battre campagne, sensibiliser les gens à la citoyenneté. (…), a déclaré Diack, ancien maire de Dakar. J’avais donc besoin de financements pour louer les véhicules, des salles de meetings, pour fabriquer des tracts dans tous les villages et tous les quartiers de la ville. »

C’est là, toujours selon le récit de Diack, qu’interviennent les Russes et leurs problèmes d’athlètes aux résultats sanguins pas tout à fait nets, à quelques mois des Mondiaux 2013 à Moscou. « M. Balakhnichev [président de la Fédération russe d’athlétisme] faisait partie de l’équipe Poutine et à ce moment il y avait ces problèmes de suspension. Nous nous sommes entendus, la Russie a financé. C’est Balakhnichev qui a organisé tout ça. Papa Massata Diack [l’un des fils de Lamine Diack] s’est occupé du financement avec Balakhnichev. » Qui se serait élevé à 1,5 million d’euros.

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Finalement, Abdoulaye Wade a bien perdu les élections, battu par Macky Sall. L’équipe de ce dernier a démenti toute aide financière de la part de Lamine Diack. Les fraudes se sont poursuivies. En négociation avec des entreprises russes pour du sponsoring, l’IAAF s’est arrangée pour faire traîner les procédures de suspension des athlètes du pays. Avec notamment le concours du docteur français Gabriel Dollé, en charge de la lutte antidopage à la fédération internationale jusqu’à la fin de l’année 2014 et élément clé de tout ce scandale.