Scandale de dopage: Pour Romain Mesnil, «c'est facile de dire que les Français sont propres»

ATHLETISME La Fédération internationale est au cœur d’un énorme scandale de corruption…

Propos recueillis par Guilhem Richaud
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Romain Mesnil a été trois fois médaillé aux Mondiaux d'athlétisme.
Romain Mesnil a été trois fois médaillé aux Mondiaux d'athlétisme. — AURELIEN MEUNIER/SIPA

L’Agence mondiale antidopage a dévoilé lundi l’ampleur du scandale de corruption et de dopage qui touche la Fédération internationale d’athlétisme. Pendant des années, des dirigeants ont demandé de l’argent à des athlètes, principalement russes, pour cacher leur contrôle positif. Pour Romain Mesnil, ancien perchiste, triplé médaillé mondial, l’affaire pourrait toucher d’autres fédérations.

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Êtes-vous surpris par l’ampleur du scandale corruption qui vient d’être révélé ?

Sur le dopage je ne me faisais pas trop d’illusion. Je me doutais bien que les instances internationales arrivaient à cacher des contrôles positifs. Ça a été fait à l’époque de Carl Lewis. Il ne faut pas être naïf et se dire que ça ne se faisait plus. Je n’étais pas dupe et je ne le suis toujours pas. En revanche je ne pensais pas qu’il y avait des gens qui s’engraissaient là-dessus. Qu’il y avait des relations de corruption et peut-être de chantage. On verra quand ça sera avéré, mais je ne pensais pas que c’était vérolé à ce point et que certains utilisaient le dopage pour se faire encore plus de pognon. C’est à vomir. Pour moi c’est de la criminalité organisée.

Êtes-vous surpris que ça concerne la Russie ?

Ce qui me surprend, c’est que ça n’en concerne pas d’autres. Ça va être très facile pour tout le monde de n’incriminer que la Russie et de ne mettre en cause que deux trois personnes des instances internationales pour essayer d’étouffer la présence des autres. La Russie est peut-être un point énorme qui remonte au niveau étatique, mais il y a aussi le Kenya, et il y a du dopage dans tous les autres pays. C’est très bien que ça touche la Russie, parce que c’est peut-être eux qui sont allés le plus loin, mais je ne pense pas qu’il y ait que la Russie.

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On pourrait faire face à un système de dopage généralisé comme le cyclisme avait eu en 1998 ?

Il y a moins d’argent dans l’athlé que dans le cyclisme. Du coup je ne suis pas sûr qu’on puisse atteindre la même échelle. Mais c’est un beau scandale. Finalement on se rend compte que ce sont les enquêtes judiciaires qui font avancer les choses. Davantage que les contrôles antidopage.

La France est-elle à l’abri ?

Je ne pense pas. Ça ne va pas plaire, mais c’est un peu facile de dire « nous les Français on est propre, et tous les autres pays se dopent ». Il faut être encore plus prudent quand il y a peu ou pas de cas de dopage.

Quand on voit les sommes demandées aux athlètes, plus de 500.000 €, on se dit que peu de Français peuvent les payer…

C’est sûr. Après il faut savoir qui met l’argent. Le gouvernement russe était bien complice des athlètes… Et c’est peut-être à la hauteur du potentiel de chacun. Je ne veux incriminer personne, mais c’est un peu facile de dire qu’il n’y a rien chez nous. Je pense que certains vont ouvrir leur gueule en disant « Nous les Français ont est propre », moi je dis de faire attention.

L’athlétisme a été touché avec l’Europe de l’Est dans les années 1970-1980, les scandales américains au début des années 2000. Encore une fois l’histoire se répète…

Oui et entre ces scandales il y a toujours eu du dopage…

Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Laisser la justice travailler. Elle peut mettre en place un processus contre le dopage. Il faut continuer. Etre un peu moins naïf et aller plus loin au niveau de la justice sur tous ces travaux-là. Les contrôles sont là pour attraper les pauvres. La justice chope les riches.

On peut avoir confiance en Sebastian Coe, nouveau patron de l’IAAF pour nettoyer les choses ?

De toute façon, on n’a pas le choix. J’espère. Il va falloir redorer l’image de l’athlé. Après attendons de voir qui est impliqué et jusqu’où.