Londres 2012: Faut-il être amis pour viser l'or olympique en couple?

JO Ce n'est pas une nécessité, mais cela peut aider...

Romain Scotto, à Londres
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Les kayakistes Gauthier Klauss (à g.) et Matthieu Pêche, lors des qualifications de leur épreuve aux Jeux olympiques de Londres, le 29 juillet 2012.
Les kayakistes Gauthier Klauss (à g.) et Matthieu Pêche, lors des qualifications de leur épreuve aux Jeux olympiques de Londres, le 29 juillet 2012. — REUTERS

De notre envoyé spécial à Londres,

Même en dehors des sports co, un titre olympique ne se gagne pas toujours en solo. Aux Jeux, 168 médailles sont distribuées sur des épreuves par équipe, généralement en couple. La plupart des disciplines d’eau douce (aviron et canoë-kayak) se disputent d’ailleurs sur ce format. La réussite d’un équipage dépend bien souvent de la coordination technique entre les concurrents. Humainement, il n’y a pas vraiment de règle sur les rapports entretenus par les athlètes. Certains préfèrent vivre leur aventure en totale symbiose. D’autres de façon plus distante. Illustration dans le clan français.

Les inséparables: Gauthier Klauss et Matthieu Pêche (canoë biplace, slalom)

Si Gauthier Klauss n’avait pas remis au goût du jour la mode de la houppette, il serait bien compliqué de le différencier de son partenaire Matthieu Pêche. Car le binôme du canoë biplace ne forme qu’un depuis plusieurs années. «On est obligés d’avoir une vie parallèle commune pour s’entraîner ensemble. A part la musculation ou le footing, on ne peut rien faire de notre côté», indiquent Klauss et Pêche, 24 ans tous les deux, dont dix années de vie commune. En plus de s’entraîner ensemble à Pau, les deux athlètes partagent le même club, le même appartement et la même école (l’ESC Pau). «Cette vie à deux, c’est un choix pour se tourner au mieux dans la préparation, enchaîne Klauss. C’est pour ça qu’on a pris le même appart. Pour résoudre des problèmes de logistique. La communication est plus rapide.» Au quotidien, les deux compères savent faire évoluer leur relation. Tantôt collègues, partenaires, collaborateurs et surtout amis. «Il vaut mieux sinon, il va y avoir des tensions dans le bateau. Ça va se fritter. Parfois ça arrive, mais dès que le bateau est posé, ça va mieux», reconnaît Pêche. Toutefois, les faux jumeaux ne partagent pas la même chambre au village olympique. «On n’aime pas dormir dans la même pièce pour garder notre espace personnel.» Il fallait bien une exception.

Les solitaires: Sébastien Jouve et Arnaud Hybois (kayak biplace, en ligne)

Difficile de viser un objectif commun quand on se bagarre au quotidien avec son partenaire. Sébastien Jouve et Arnaud Hybois ne sont pas ennemis. Loin de là. Mais les champions du monde 2010 et 2011 du kayak biplace sont incapables de s’entraîner ensemble. Chacun travaille volontairement de son côté. Le premier à Toulouse, le second à Caen. «On fait cela pour éviter de trop se bouffer, reconnaît Jouve. Sinon, on ferait tout le temps la course à l’entraînement. Pour être fort, il faut un niveau individuel très élevé. Quand j’étais à Toulouse, on ne faisait que la course. Je suis un solitaire, je n’ai pas besoin de monde autour de moi.» Avant les Jeux, les deux rameurs n’ont travaillé ensemble que lors des stages pour s’assurer un minimum de coordination technique. S’ils sont tous les deux au niveau, l’adaptation est immédiate. En revanche, si l’un des deux flanche, il n’y aura pas de sentiments. «On a une relation dite professionnelle. Le jour où je ne suis pas performant, il n’y a pas d’amitié. On s’entend super bien, il n’y a pas de souci, mais s’il doit chercher quelqu’un d’autre pour faire des podiums, ce sera normal.» Le kayakiste ne voudrait pas que l’amitié altère la perception qu’il a de son équipier. La tolérance n’a pas toujours sa place dans le sport de haut niveau.