La draft NBA pour les nuls: «Rééquilibrer les forces en présence»

BASKET C'est l'heure de choisir les futures stars pour les équipes NBA...

Propos recueillis par Antoine Maes

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Le Français Joakim Noah drafté par les Chicago Bulls, en 2007, à New-York.
Le Français Joakim Noah drafté par les Chicago Bulls, en 2007, à New-York. — Chris McGrath/Getty Images

«Draft», le choix en anglais. Vu de l’extérieur, un marché aux bestiaux. Mais aussi «un outil de régulation» et un «rite de passage», selon Boris Helleu (à suivre sut Twitter ici), spécialiste de marketing et d’économie du sport à l’Université de Caen. Fin connaisseur de la NBA, il décrypte pour 20 Minutes ce marché des jeunes joueurs de basket aux Etats-Unis, qui aura lieu cette année dans la nuit de jeudi à vendredi.

A quoi sert la Draft?

A rééquilibrer les forces en présence, de façon à ce qu’aucune équipe ne concentre l’ensemble du talent sportif. La NBA est dans un système fermé, sans risque de relégation. Donc les fans doivent pouvoir nourrir un espoir légitime d’être compétitif ou d’accéder au titre à moyen terme, et de pas être tout le temps l’équipe nulle qui ne gagne jamais rien. En foot, si Brest était une équipe NBA, elle aurait accès aux meilleurs joueurs sur le marché et pourrait recruter un joueur très talentueux. 

Comment ça marche?

Les équipes les plus faibles vont choisir les premières les joueurs qui accèdent à la NBA. Pour l’essentiel, ils sont formés à l’université. D’autres viennent de l’étranger. Concrètement, les 14 équipes qui n’ont pas fait les play-offs disposent des 14 premiers choix. Et entre ces 14 équipes-là, on met en place une petite loterie pour que les équipes les plus faibles aient le plus de chance de choisir en premier. Cette année, les Charlotte Bobctas ont 25% de chances d’accéder au 1er choix. Tandis que les Houston Rockets, qui ont terminé 14e, ont 0,5% de chance d’accéder au 1er choix. 

Comment détermine-t-on les joueurs les plus cotés?

Le basket universitaire, et même le lycée, est très médiatisé. Les joueurs de ces championnats sont de toutes façons connus, on connaît leur stats et leur potentiel. Il faut savoir que LeBron James, avant d’être drafté par Cleveland, était déjà une star nationale, il avait déjà des contrats de sponsoring, et il ne faisait pas de doute qu’à terme il serait l’un des joueurs dominants de la Ligue. Donc lorsque les joueurs s’inscrivent à la draft, on sait très bien quels sont les meilleurs. Cette année, la star c’est Anthony Davies, qui a priori devrait être pris dès le 1er tour. Cela dit, il y a eu des accidents industriels par le passé. Michael Jordan n’a été drafté qu’en 3e choix. 

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Est-ce que le système fonctionne?

Pas trop mal. D’une part parce que le basket est un sport où un joueur peut vraiment modifier la figure d’une équipe. Je lisais dans le Wall Street Journal que sur les 32 dernières finales NBA, donc 64 équipes engagées, il y avait 50% des joueurs issus du 1er tour de draft. On a tous en tête une équipe des bas fonds du classement devenue compétitive. Dernière exemple en date: Oklahoma, qui atteint les finales NBA grâce à des choix de draft judicieux. 

Est-ce adaptable pour le football européen?

Pas du tout. La draft trouve tout son sens dans un système fermé. Mais en Europe, on est dans un marché dérégulé, donc il y a une surenchère, une course aux armements, pour attirer les meilleurs joueurs. Et c’est précisément pour éviter cette inflation que les équipes NBA - très tôt puisque ça date des années 40 - ont mis en place cet outil de régulation. Ils ont compris qu’elles étaient adversaires sur le terrain mais partenaires d’un point de vue économique. D’où cette politique solidaire de répartition des revenus et du talent des joueurs. Et d’ailleurs, c’est une blague entre propriétaires d’équipes: on vit dans un pays libéral et capitaliste, mais la façon de faire du profit relève d’une organisation socialiste.