Ici, ce sont les chercheurs qui rament

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Ne rien laisser au hasard. Ici, à l'Ecole centrale de Nantes, tout ce qui touche à l'aviron est disséqué, mesuré, enregistré, analysé. Depuis 1995 et le passage en DEA d'une étudiante férue de ce sport, l'équipe de Jean-Michel Kobus, du laboratoire de mécanique des fluides, accumule les données avec une rigueur toute scientifique. Que ce soit dans le bassin de l'école ou sur un banc à terre, les avirons sont bardés de capteurs. « On mesure la vitesse, les efforts appliqués par le rameur sur les avirons, les angles de pénétration des pales dans l'eau, l'excitation du mouvement avant-arrière lié à la coulisse du siège, l'écoulement de l'eau autour d'un aviron, etc. », énumère Jean-Michel Kobus. Toutes ces données sont ensuite validées par des athlètes lors de tests sur l'Erdre ou à Temple-sur-Lot (Lot-et-Garonne), base d'entraînement des équipes de France. « Grâce aux simulations numériques, on espère obtenir les meilleurs réglages possibles par rapport à la morphologie de l'athlète. Aujourd'hui, on tâtonne, c'est approximatif », explique Christine Gossé, entraîneur national à la fédération française d'aviron et à l'Insep. « Ce sont les équipes nationales juniors qui expérimentent ces outils, précise-t-elle. Les membres de l'élite se contentent d'adopter les innovations qui ont déjà fait leurs preuves, pour être sûrs d'améliorer leurs performances. »

Il arrive aussi à la fédération de poser au laboratoire des questions auxquelles elle n'a pas les moyens de répondre : « Quelle est l'influence d'un capteur embarqué ? De la température de l'eau ? » L'École centrale a ainsi pu déterminer que l'eau froide offrait une résistance plus importante aux avirons. Or, les entraînements ont généralement lieu l'hiver et les compétitions se déroulent l'été.

Jérôme Jolivet