Euro 2012: les tirs au but, cette psychose anglaise

Alexandre Pedro

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L'équipe d'Angleterre lors d'une séance de tirs au but contre le Portugal, le 24 juin 2004 à Lisbonne.
L'équipe d'Angleterre lors d'une séance de tirs au but contre le Portugal, le 24 juin 2004 à Lisbonne. — A.DENNIS / AFP

Quand ils ont inventé le football au XIXe siècle, les Anglais se sont bien gardés de développer le concept des tirs au but. Pour le bien de leur sélection, il valait mieux. Si la séance des «pénos» est une loterie, alors l’Angleterre ne trouve jamais les bons numéros. L’exercice traumatise le pays depuis 1990 et cette demi-finale de Coupe du monde perdue contre le RFA. Les larmes de Paul Gascoigne étaient comme prémonitoires. En 22 ans, les Three Lions ont perdu cinq de leurs six séances.

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En attendant que Sepp Blatter fasse voter par l’UEFA sa suppression (très improbable), tout un pays redoute que l’histoire bégaye encore dimanche contre l’Italie, en quart de finale de l’Euro. Prévoyant, le sélectionneur Roy Hodgson, a fait bosser l’exercice à ses joueurs. On ne sait jamais. «Quand vous travaillez pour l'équipe d'Angleterre, le passé prend toujours un poids très lourd. Tout ce que nous faisons est comparé à ce qui a pu avoir lieu dans notre passé.»

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Et à en croire le gardien Joe Hart, les tireurs ont réglé la mire. «A l’entrainement, je n’en ai pas arrêté un seul, mes coéquipiers sont tous excellents dans cet exercice.» Humour anglais? Même pas. Hart se dit même prêt à tenter le diable. «C’est le genre de situation où tu as l’occasion de faire ce que tu sais faire pour l’équipe.»

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Pas sûr que ses partenaires partagent son enthousiasme. De Stuart Pearce au drop de David Beckham en passant par le pauvre Gareth Southgate (et sa passe à Andreas Köpke en 1996), la liste des tireurs maudits est longue comme un samedi soir sans bière dans un pub du Lancashire. Mais les Anglais sont-ils juste maudits? Comme le montre le site Slate.fr, en s’appuyant sur  des études de chercheurs qui se penchent sur la question depuis 15 ans, cette loterie supposée répond à des règles spécifiques. Elle n’a même pas grand-chose à voir avec le tirage de l’Euromillions.

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Dans son étude, le  Norvégien Geir Jordet cite les confidences de certaines victimes. On met ainsi le doigt sur une certaine faiblesse mentale. «Je voulais juste que cela finisse» (Chris Waddle). «Tout ce que je voulais c'était prendre le ballon, le mettre sur le point de pénalty et m'en débarrasser» (Gareth Southgate, Euro 96).

En 2008, après une élimination de son club d’Everton contre la Fiorentina en Coupe UEFA, Phil Neville résumait bien ce mal propre à Albion. «Cette séance arrive après 120 minutes. On a tendance à se dire ‘’c’est bon, on ne peut plus rien faire maintenant’’. Sauf qu’il y a encore ces pénaltys… Vous pouvez toujours les bosser, mais c’est facile de mettre son tir au but à l’entraînement. Vous ne pouvez pas récréer le contexte du match.» Les Anglais ont payé pour le savoir. D’ailleurs, il est même possible de parier sur le nom du futur malheureux. Pour l’instant, Steven Gerrard a les faveurs des bookmakers avec une cote de 12 contre 1.

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