Alexandra Shevchenko, activiste du groupe Femen, lors de son arrestation devant le Parlement de Kiev en Ukraine, le 5 juillet 2011.
Alexandra Shevchenko, activiste du groupe Femen, lors de son arrestation devant le Parlement de Kiev en Ukraine, le 5 juillet 2011. — Efrem Lukatsky/AP/SIPA

FOOTBALL

Alexandra Shevchenko, activiste Femen: «Ils m'ont attrapée, ont pris toutes mes affaires et m'ont balancée dans une voiture»

Trois activistes du groupe Femen ont été prises en otage avant France-Ukraine vendredi...

De notre envoyé spécial à Donetsk

En France, elles sont surtout connues pour être celles qui protestent seins nus. En Ukraine par contre, les activistes de la Femen sont considérées comme de véritables opposantes politiques, combattant par divers happenings et manifestations le tourisme sexuel, la prostitution ou le sexisme dans les pays de l’Est. Surtout pendant l’Euro, qui encourage selon la Femen la prostitution et la criminalité sexuelle. Si bien qu’Alexandra Shevchenko, l’une des porte-voix de l’association - responsable d’avoir brièvement dérobé le trophée de l’Euro avant la compétition -, a été kidnappée par les services secrets ukrainiens avant France-Ukraine vendredi. Pour 20 Minutes, elle raconte son histoire.

Le kidnapping

«Nous étions trois activistes de la Femen (ndlr: elle, Anna Bolshakova et Yana Zhdanova) présentes à Donetsk ce jour-là. A notre arrivée, un groupe d’une quinzaine d’hommes ont commencé à nous suivre dans les rues et dans le bus. Ils n’étaient pas habillés normalement, ils étaient grands et forts. Ils ressemblaient à des agents des services secrets. Nous nous sommes alors séparées pour faire diversion et tenter de leur échapper. Mais vers 16h ils m’ont attrapée, ont pris mon téléphone et toutes mes affaires et m’ont balancée dans une voiture. Je criais, je me débattais en leur demandant qui ils étaient: «Montrez-moi vos papiers!». Mais ils ne m’ont rien dit. Plus tard, j’ai appris que lors du kidnapping, Anna a été frappée au visage alors qu’elle se débattait.»

Interrogatoire et relâche

«Nous sommes arrivés au commissariat de police où nous avons attendu une heure qu’une décision soit prise. C’est là que nous avons compris qu’il ne s’agissait pas de la police normale mais des hommes du SBU, les services secrets ukrainiens. Ils nous ont interrogées et gardées pendant huit ou neuf heures puis nous ont dit qu’ils travaillaient pour Rinat Akhmetov (ndlr: président du Shakthar Donetsk et 39e puissance financière mondiale, également fort soutien du président Viktor Ianoukovytch). Vers 1h du matin, ils nous ont lâchées à côté d’une station de bus, en nous disant: «Ne revenez pas. Et si vous revenez et que vous tentez quelque chose, on vous en empêchera de toute façon». Ensuite, nous sommes allées à l’hôpital Kalinin pour vérifier que tout allait bien.

Les prochaines actions

«Nous avions une action prévue ce soir-là à Donetsk, pour le match. Mais il y a une véritable campagne politique contre la Femen. Ce n’est pas grave, nous n’avons pas peur. Nous avons d’autres actions en vue. On a juste compris que la prochaine fois, il faudra beaucoup réfléchir plus à notre plan et le garder plus secret.»