Jacky Lorenzetti: «Je crie, je hurle, je vocifère»

RUGBY Loin de l'image froide et pragmatique qu'il peut dégager, le président du Racing-Metro vit le rugby avec passion...

Propos recueillis par Bertrand Volpilhac

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Jacky Lorenzetti, le président du Racing-Metro, le 4 décembre 2010 à Colombes.
Jacky Lorenzetti, le président du Racing-Metro, le 4 décembre 2010 à Colombes. — A.PIERRE/SIPA

Il est arrivé au rugby «grâce à sa femme», qu’il lui a transmis le virus. Depuis, ce virus s’est transformé en passion et Jacky Lorenzetti la vit «à fond, à fond, à fond.» Avant le barrage face à Toulon samedi (21h), le président du Racing-Metro évoque pour 20Minutes la relation avec un sport qu’il maîtrise de plus en plus.

Quand on vous compare avec Mourad Boudjellal, le truculent président de Toulon, vous donnez l’image de quelqu’un de plus pragmatique. Cette image vous convient?
Avec Mourad on s’entend bien, on partage souvent les mêmes opinions mais moi je suis plus du Nord, je suis plus posé,  plus un animal à sang-froid gestionnaire. Lui est instinctif, exubérant. Par exemple, quand Jonny Wilkinson est arrivé à Toulon il y a trois ans, il nous avait d’abord été proposé. Mais j’ai regardé avec raison les blessures qu’il avait cumulées depuis trois ans avant de refuser. Sur ce coup, Mourad a joué au poker, et il a gagné. Mais d’autres fois, j’ai eu raison (rires)… Je ne regrette pas d’être plus calculateur.

Mais pas moins passionné?
Non. Je suis au moins autant passionné, et je le montre un peu quand même. Ma grosse frustration c’est d’être en tribune présidentielle, où la règle veut qu’on ne puisse pas trop y exprimer sa passion, c’est normal. D’ailleurs pour le match de Toulon je ferai exception à la règle en étant dans la tribune derrière l’en-but avec nos supporters pour pouvoir me lâcher.

Et comment vous-êtes dans ces cas là?
Je suis plus exubérant. Je suis enthousiaste, je crie, je hurle, je vocifère, je lève les bras, je me lève. Je vis tout passionnellement. Aujourd’hui les temps sont tellement difficiles, quand on voit toute la misère qui nous entoure, qu’on n’a pas le droit d’être autre chose que passionné quand on est président d’un club de rugby. Je vis ça à fond, à fond, à fond. Je me livre sans réserve.

Est-ce que cela se ressent dans votre maison, dans vos petites habitudes, dans votre quotidien?
Je ne suis pas fétichiste ni superstitieux mais j’ai toujours dans ma poche un petit morceau de bois que ma dernière fille m’a offert il y a quelques années. De temps en temps je mets la main dessus. Lors du barrage à Clermont (en 2010), le président clermontois me voyait toujours avec la main fourrée dans de la poche, et quand on a perdu je lui ai dit: ‘allez, je suis bon joueur, touche mon bout de bois pour vous porter chance pour la suite’. Et puis finalement ils ont été champions et il m’a appelé pour me demander si je n’avais pas un double de ce bout de bois.

Vous arrive-t-il de donner des conseils, des idées à votre entraîneur, Pierre Berbizier, notamment pour les transferts?
Ça m’arrive mais ce n’est pas décisionnel. C’est Pierre qui décide et c’est normal. Contrairement à Mourad Boudjellal je n’ai pas un ou deux jokers que j’impose. Après les match on a l’habitude de s’appeler pour débriefer et j’exprime mon avis mais c’est bien sûr à lui d’en tirer les conséquences.

Comment se passe la semaine de Jacky Lorenzetti avant un match aussi important que face à Toulon?
On essaye de la vivre normalement. Je ne veux pas donner l’image d’un président anxieux. Si le président arrive livide devant les joueurs, tremblant, ce n’est pas un très bon signal. Mais bon, je dors quand même moins (rires)… Mon gros problème c’est que quand je suis anxieux, je mange. Je somatise avec la nourriture.  Et en ce moment, je mange beaucoup! Je suis parti pour faire 120kg si on est champions (rires)…