Gilles Bornais: «Les médias ne racontent pas le sport, ils racontent un spectacle»

NATATION Que se passe-t-il dans la tête d'une nageuse (qui pourrait être Laure Manaudou)? La réponse est dans le roman...

Propos recueillis par Alexandre Pedro

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Gilles Bornais, auteur du livre «Huit minutes de ma vie», paru chez Lattès.
Gilles Bornais, auteur du livre «Huit minutes de ma vie», paru chez Lattès. — La Lanterne S. Harraudeau

«Huit minutes de ma vie» (éditions JC Lattès), c’est l’histoire en accélérée d’Alizée, le temps d’un 800m olympique. Alizée est une championne d’aujourd’hui. Une championne qui ne sait plus trop pourquoi et pour qui elle nage, une championne qui rappelle furieusement Laure Manaudou. Mais plus qu’une biographie romancée de la diva française des bassins, Gilles Bornais (journaliste, romancier et.. entraîneur de natation) explore la face cachée et tourmentée d’une sportive de haut-niveau. 

Une championne olympique, un entraîneur nommé Philippe… On est obligé de vous demander si votre livre est un roman inspiré de la vie de Laure Manaudou?

Non. Si c’était le cas, le roman ne serait jamais sorti puisque Laure Manaudou est assez procédurière. J’ai gommé tous les aspects de sa vie privée qui pouvaient être problématiques. On reconnaît davantage Philippe Lucas en revanche. C’est un roman à clés qui peut faire penser à elle. Mais son intérêt n’est pas là. Laure Manaudou, je ne lui ai jamais parlée et je ne l’ai même pas cherché d’ailleurs pour ce livre. Elle ne me fascine pas plus qu’une autre. Elle est jolie, elle a été championne olympique à 17 ans et elle a eu une vie amoureuse très médiatisée. Elle a une carrière inachevée selon moi. Elle est arrivée très loin du niveau qu’elle aurait pu atteindre. Dans mon roman, je raconte d’abord l’histoire d’une nageuse qui n’a plus envie de nager. Alizée devient le jouet de la presse, de la fédération et des entraîneurs. Tout le monde veut la voir nager. Sauf elle.

Avez-vous voulu chercher à créer le portrait d’une championne du 21e siècle?

Alizée évolue dans le monde du sport d’aujourd’hui, c’est-à-dire un monde médiatique. Pourtant, la réalité quotidienne du sport est très éloignée de ce que peuvent en laisser paraître les médias. Les médias ne racontent pas le sport, ils racontent un spectacle. Or, le sport est le contraire d’un spectacle. Dans ce livre, je raconte les 99% de la vie d’un sportif dont on ne parle jamais. Qu’est-ce que ça fait de nager 20 kilomètres par jour? Et surtout qu’est-ce cela fait de nager une finale olympique? Je ne l’ai jamais lu. Pour une bonne raison. Les journalistes vont toujours voir le vainqueur. Et il dira qu’il est content d’avoir gagné.

Finalement, c’est une critique du champion et du rôle qu’on veut lui donner…

On vend les champions comme des personnes indestructibles, au moral d’acier, alors que c’est complétement faux. Il suffit de les rencontrer pour se rendre compte qu’ils sont très loin de l’image qu’on renvoie d’eux. La victoire pardonne tout, elle justifie tout. J’essaye de démythifier une certaine prose sur le sport. Le vainqueur a tous les mérites et toutes les qualités, ses caprices deviennent une marque de caractère.

A qui la faute? Aux sportifs qui acceptent ce rôle ou aux médias qui cherchent à les glorifier?

Je ne jette pas la pierre aux journalistes. La presse a un rôle, la littérature en a un autre. La presse parle d’un sport qui devient spectacle, c’est à la littérature de venir creuser les émotions. Sans doute parce que ce sont les bonnes nouvelles qui font vendre en sport. Vous pouvez me citer des exceptions, mais si on prend les 10 meilleures ventes de l’Equipe, il s’agit toujours d’un lendemain de victoire.

Que pourrait penser une nageuse française si elle devait lire votre livre avant de partir pour les JO de Londres?

Je lui conseillerais de ne pas le lire. Je sais que Camille Muffat et Yannick Agnel l’ont reçu pour le chroniquer pour RMC Info. Mais je serais eux, je ne le lirais pas. Tous ces doutes qu’ils essayent d’enfouir risquent de ressortir à la surface. Et comme j’aime bien Camille, ça ne serait pas la meilleure idée.