Christophe Bassons : «Les mentalités ne changent pas»

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Interview de Christophe Bassons, ancien coureur professionnel.

Qu'attendez-vous du procès du pot belge qui s'est ouvert hier à Bordeaux ?

J'attends des sanctions fermes et importantes. Le trafic est une infraction pénale : il faut le sanctionner lourdement, tout en restant mesuré. On ne doit pas infliger la même peine à une personne qui a participé à un trafic de produits dopants qu'à un vrai criminel. Il faut néanmoins que ces gens-là soient totalement exclus du milieu du cyclisme et du sport en général.

Le pot belge, l'affaire Liberty Seguros, Manolo Saiz... En sortira-t-on un jour ?

On a beau faire des listes, des contrôles, les mentalités ne changent pas. Les anciens perpétuent les habitudes et influencent les nouveaux arrivants au niveau du besoin de reconnaissance, de l'argent et de la tricherie. C'est toujours problématique, on est loin des valeurs du sport.

Selon vous, peut-on parler d'une véritable chasse aux sorcières ?

Une chasse aux sorciers plus exactement. Car ils se considèrent tous comme des apprentis sorciers, que ce soit les médecins ou les directeurs sportifs. Ils sont toujours à la recherche de solutions pour faire avancer de plus en plus vite leurs athlètes, quitte à employer des méthodes pas très élégantes.

La répression reste le remède le plus efficace ?

La police et la justice font peur. Lorsqu'il y a des procès, cela fait réfléchir. Avant, les sportifs qui faisaient leur petit trafic n'imaginaient pas les risques qu'ils encouraient. Maintenant, ils s'en rendent compte.

Les instances jouent-elles efficacement leur rôle ?

Pour moi, la Fédération n'est pas assez ferme sur certains points. Regardez sur le Tour de France, Jean-Marie Leblanc croit que le cyclisme est propre et à chaque fois qu'il y a une affaire, il tombe des nues. Le problème est qu'ils n'affrontent pas la réalité en face. Dans ce milieu, les gens de la Fédération, de l'UCI, du Tour et même les journalistes, comme ceux de L'Equipe, sont bien avec tout le monde car ils n'ont pas envie de perdre leur place. En aucun cas, ils n'iront à l'encontre des coureurs et du milieu.

Vous avez le sentiment que l'étau se resserre ?

Sur certains produits. L'EPO est devenue difficile à utiliser mais l'hormone de croissance est toujours indétectable. Les corticoïdes sont autorisés sous ordonnance. Par contre, il y a une forte avancée au niveau de la lutte contre les trafics. Des choses sont mises en place, des administrations, des commissions travaillent ensemble.

En résumé, depuis votre retrait en 2001, rien n'a changé...

Depuis 2001, je répète toujours la même chose. Mon but est de protéger les jeunes qui débutent, pour qu'ils puissent affronter la réalité. Mais quand, à côté, vous voyez que les Fédérations ne font pas le travail de sensibilisation nécessaire, alors qu'ils ont beaucoup plus de poids que ceux qui parlent, comme Delion et Chiotti, c'est décourageant. Je me demande parfois à quoi je sers.

Pierre Falar