Tour d'Italie 2012: John Gadret, le Giro est son phare

CYCLISME Le grimpeur fan de Marco Pantani est la meilleure chance française sur le Giro...

Romain Scotto

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Le coureur cycliste, John Gadret, lors de sa victoire sur une étape du Tour d'Italie, le 18 mai 2011 à Castelfidardo.
Le coureur cycliste, John Gadret, lors de sa victoire sur une étape du Tour d'Italie, le 18 mai 2011 à Castelfidardo. — G.Auletta/Sipa

Un podium sur le Giro se dessine bien avant de partir à l’assaut du Mortirolo, du Stelvio ou du Monte Zoncolan. Pour John Gadret, qui tentera de défendre à partir de samedi sa troisième place de 2011 (après le déclassement de Contador), tout commence en octobre dans les vignobles de Champagne où il a l’habitude de prendre part aux vendanges. Un travail âpre qui lui permet de «se ressourcer» avant d’entamer l’hiver et la saison de cyclo-cross. En solo, le grimpeur d’AG2r arpente les chemins humides de sa région natale et de Belgique tout en gardant à l’esprit son objectif de l’année, le Tour d’Italie.

«Il y a des coureurs qui rêvent du Tour de France. Moi c'est le Giro», assène cet adorateur de Marco Pantani, avec qui il partage un goût immodéré pour les montées abruptes. Et un crâne déplumé. En Italie, Gadret a trouvé le terrain d’expression qui lui convient le mieux. Des cols vertigineux où seuls les meilleurs grimpeurs ne finissent pas dans la luzerne. «Sur les cols, l'ambiance est différente, on croise de vrais connaisseurs de vélo, pas des gens venus voir une caravane. Pour moi, Pantani restera toujours un modèle, par son style, sa façon de grimper. Il sortait de l’ordinaire.»

«Déconneur et chambreur»

Huit ans après la mort du «Pirate», lui aussi aime se démarquer dans le peloton français où il trimballe un look de biker tatoué et percé. A son arrivée chez AG2r, en 2006, «on lui a demandé d’effacer quelques tatouages», glisse Laurent Biondi son entraîneur, soucieux que les coureurs «collent à la marque.» Mais impossible de remodeler le personnage, «courageux, dur au mal, accrocheur, bagarreur, écorché vif», enchaîne Vincent Lavenu, qui a repéré le chat maigre (59kg) quand il courait chez Chocolats Jacques. «Il était déjà très offensif dans les cols. Humainement, il a toujours fonctionné dans le conflit. Il faut ferrailler avec lui pour faire passer les messages.»

De l’avis de ses coéquipiers, Gadret n’est pas non plus le premier à aller vers les autres dans l’équipe. Mais une fois le premier pas effectué «il devient déconneur et chambreur», précise Sébastien Minard, son premier compagnon de chambrée qui garde un grand souvenir de ses imitations de Christophe Maé lors du dernier Tour de France. «Chez les juniors, c’était le boute-en-train. En course, il a une carapace parce qu’il est hyper impliqué dans ce qu’il fait. Je ne l’ai jamais vu boire. Même pas une bière.»

Un modèle pour Yohann Diniz

Le coureur de 33 ans se lâche un peu plus en fin de saison quand il retrouve son ami Yohann Diniz: «Chaque année on discute, on boit un coup de champagne et on arrête de regarder ce qu’on mange. On a besoin de couper, on est plutôt des franchouillards», enchaîne le marcheur qui considère Gadret comme un modèle. «Je me suis servi de lui pour ma carrière. Je suis arrivé plus tard que lui au haut niveau. Je le suivais tout le temps en vélo. C’était un moteur.» Un très gros moteur même, qui est encore bien rôdé à l’approche du Giro. Pendant trois semaines, le chauve pourrait encore en décoiffer plus d’un.