Le Tour des Flandres ne fait plus le Mur

Alexandre Pedro

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Imaginez un instant l'émoi d'un amoureux du tennis si le béton venait à remplacer la terre battue à Roland-Garros. Multipliez-le par dix et vous aurez une idée de l'émotion suscitée en Belgique par la suppression du Mur de Grammont sur le Tour des Flandres. « On n'est pas loin du psychodrame national », confirme Jacky Durand, dernier vainqueur français en 1992.
A trois jours du « Ronde », un mystérieux collectif menace même de saboter l'édition 2012, comme le révèle le quotidien flamand Het Laatste Nieuws. « J'ai appris, de très bonne source, qu'une poignée de fans de Grammont ont prévu de torpiller la course, annonce le maire d'Audenarde, nouvelle ville d'arrivée de la couse. Ils comptent semer des punaises et des clous à deux ou trois endroits différents des derniers tours. » Il leur faudra pourtant se faire une raison : le Mur risque de ne plus voir un cycliste rouler sur ses pavés avant 2018.

« Plus dur et plus sélectif »
Sans son ancien juge de paix, la classique la plus effrayante (avec Paris-Roubaix) n'est pas devenue pour autant une ballade pour cyclotouristes. « Le parcours va être beaucoup plus dur et sélectif avec le Vieux Quaremont et le Paterberg, à grimper trois fois dont deux dans le final, prévient Jacky Durand, consultant pour Eurosport. On n'aura plus un peloton de 80 coureurs au pied de Grammont comme on pouvait parfois le voir. Avec ce parcours, je ne vois pas comment un outsider comme Nick Nuyens l'an dernier pourrait avoir sa chance. » Même

le « Lion des Flandres » en personne, Johan Museeuw, ne s'offusque pas de la suppression de la montée où il a forgé ses trois succès en 1993, 1995 et 1998. « La disparition du Mur est émotionnellement lourde, admet le Belge au journal La Dernière Heure, mais il faut pouvoir tourner la page et se réjouir que les spectateurs aient la possibilité de voir passer les coureurs trois fois dans certaines difficultés. » Et si jamais l'enfant du pays, Tom Boonen, lève les bras dimanche aux alentours de 17 h, la polémique risque d'être engloutie sous quelques milliers d'hectolitres de bière. Flamande bien sûr.