Championnats de France: Pourquoi l'odeur du 100 les attire tant

NATATION Une dizaine de nageurs peuvent viser un podium sur le sprint...

Romain Scotto, à Dunkerque

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Le nageur français Alain Bernard lors d'une compétition à Angers, le 4 décembre 2011 au départ d'un 100m nage libre.
Le nageur français Alain Bernard lors d'une compétition à Angers, le 4 décembre 2011 au départ d'un 100m nage libre. — F.Perry/AFP

C’est une armée de nageurs, grands et monolithiques pour la plupart, qui s’avance à chaque fois sur un plot le mors aux dents. Depuis quatre ans, ils sont une petite dizaine à faire du 100m leur priorité, même s’il n’y a que deux places à Londres pour eux. Pour Agnel, Bernard, Bousquet, Gilot, Leveaux, Manaudou, Mallet, Meynard ou Stravius, engagés dès mercredi en séries de la discipline, il est peut-être plus compliqué de se qualifier pour les Jeux que d’en disputer la finale.

L’épreuve reine. Un plongeon, un virage, et une touche finale. Il n’en faut pas plus pour ouvrir l’appétit des tous les nageurs fascinés par l’épreuve phare. «On dit que les cadors nagent le 100m nage libre. C’est la course où on doit s’affirmer», analyse Jérémy Stravius, spécialiste du dos à la base. Nouveau venu sur la distance avec Agnel, l’Amiénois n’a pas de scrupule à «foutre son petit bordel» en titillant les purs spécialistes. Les intéressés jurent que la tension au départ d’un 100m n’a pas d’égal. D’où la densité de sprinters accros à la double longueur: «Depuis mon titre aux Jeux, ça a été l’entonnoir, observe Alain Bernard. Il y en a un ou deux de plus chaque année qui arrivent à s’exprimer. Des fois, j’ai tellement la rage que j’ai envie de régler tout ça dans l’eau.» Précision utile: Dans un univers chargé en chlore et en testostérone, le 100m a parfois tendance à commencer en dehors du bassin.

L’attrait du relais. S’il n’y a que deux qualifiés automatiques pour les Jeux sur la distance, le relais est une roue de secours parfaite pour tous les recalés. Selon les règles de la DTN, les six premiers sont assurés d’un billet pour Londres (quatre titulaires et deux remplaçants) en vue du 4X100m. Un nageur comme Stravius ne vise d’ailleurs rien de plus qu’une place dans ce collectif. «Je le fais vraiment pour le relais. J’adore cette manière de voir la course.» Malgré les remous des dernières années, «ils veulent tous en faire partie parce qu’il y a un esprit de groupe», analyse Maxime Cornillier, ancien coach à Marseille aujourd’hui à Canet. Pour viser une médaille olympique, les sprinters sont tous prêts à prendre sur eux et mettre, le temps d’une course, leur rivalité de côté.

On ne se refait pas. Tout n’est pas non plus une question de choix. Le nageur ne vient pas toujours au 100m par envie. C’est souvent le 100m qui vient à lui. «On ne choisit pas vraiment sa spécialité», jure Franck Esposito, entraîneur à Antibes pour qui tous les nageurs capables de viser 48’50 auraient  secondes aurait bien tort de ne pas tenter leur chance. C’est le cas de Florent Manaudou, qui ne fait plus du papillon sa priorité. Son beau frère, Frédérick Bousquet, a bien tenté de le dissuader en lui proposant «de se mettre au 200m quatre nages mais il ne veut pas (l)’écouter. Il est bon partout…» Concernant Agnel, qui a fait l’impasse sur le 400m au profit du 100m, son appétence pour le sprint dépend aussi de la programmation des courses. Le Niçois ne se voit pas disputer le 400m aux Jeux, dont la finale a lieu la veille des demies du 200m, sa course préférée. Le demi-fond exigeant un travail foncier plus intense que les épreuves courtes, il préfère ne pas s’épuiser en jouant les cumulards. On saura jeudi soir (jour de la finale du 100M), s’il a fait le bon choix.