Shaun White: «Ce que je préfère dans le snowboard, c’est descendre une montagne très vite avec des copains»

INTERVIEW La légende du snowboard fait étape en France à l’occasion des X Games de Tignes...

Propos recueillis par Pierre Koetschet
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Le snowboarder Shaun White, aux Etats-unis, le 10 mars 2012.
Le snowboarder Shaun White, aux Etats-unis, le 10 mars 2012. — Mike Groll/AP/SIPA

Fine cravate sur chemise à pois, s’il n’y avait son épaisse crinière rousse, Shaun White aurait tout l’air d’un garçon de bonne famille en route pour le gigot dominical. Sauf que le bonhomme de 25 ans, surnommé «The flying tomato», est le plus grand rider de sa génération, double champion olympique en half-pipe et star des X Games qui se déroulent à Tignes entre mardi et vendredi. Rencontre.  

Etes-vous content d’être en France?

Oui, très content. Cela faisait trois ans que je n’étais pas revenu. Quand j’étais plus jeune, je n’aimais pas trop la France. J’étais jeune et j’étais coincé avec ma famille, alors que je préférais être avec mes amis. Mais maintenant, j’adore ce pays, je peux sortir, passer du bon temps avec mes copains. Avec l’âge, je me suis fait aux contraintes sociales: les repas sont longs, parce que vous êtes censés passer un moment agréable avec vos amis. J’ai appris à apprécier cela.
 

Qu’attendez-vous de votre séjour à Tignes?

De bons sauts et une belle compétition! Je pense que cela va être aussi grand que les X Games aux Etats-Unis. Et si ce n’est pas le cas, on fera tout pour que cela le devienne!
 

C’est une compétition très américaine. Pensez-vous qu’elle puisse prendre en Europe?

Oui, bien sûr. Rien que le nom est très américain, mais je pense que cela peut devenir important en Europe. Le snowboard est déjà très important chez vous. Il y aura beaucoup de médias. Je vais peut-être essayer de faire de nouveaux tricks, et les fans seront contents.  
 

Vous allez tenter de nouveaux tricks?

Oui, peut-être. J’ai fait les X Games à Aspen, mais j’ai dû me retirer de la compétition de saut, parce que je m’étais fait mal à la cheville à l’entraînement la veille. J’ai préféré me réserver pour le half-pipe. Mais maintenant, ça va mieux, donc je vais tout donner. Cela fait longtemps que je n’ai pas fait une compétition de saut. Avant, il n’y avait que le half-pipe, mais maintenant, le saut acrobatique est aussi une épreuve olympique donc je m’entraîne beaucoup pour décrocher une médaille.
 

Vous êtes un peu un ancien dans votre sport. Est-ce que vous vous sentez comme un papy ou bien est-ce que votre sport évolue en même temps que vous?

Oui, mais j’ai laissé ma canne à la maison. Notre sport évolue aussi beaucoup. A chaque fois que je me fixe des challenges pour l’année, ils sont de plus en plus relevés. Aux derniers JO, il n’y avait qu’une seule épreuve. Maintenant, il y en a deux. Je fais du skate aussi, et il est possible que cela devienne une discipline olympique. Nos sports sont jeunes, mais cela fait tellement longtemps que je fais de la compétition. On a tous le même âge, mais je suis passé pro à 13 ans, quand les autres ont eu cette opportunité plutôt vers 20 ans. Mais c’est vrai qu’il y a une nouvelle génération qui arrive maintenant, mais c’est excitant. J’aime la pression, sentir leur souffle dans mon dos.
 

Qu’est-ce que vous ressentez quand vous êtes en l’air?

C’est super! Il y a un moment, quand tu as décollé, tu es au sommet de ton saut, tu ne montes plus, mais tu ne descends pas non plus, c’est un moment fantastique où tu as l’impression de voler. Et maintenant je suis arrivé à un niveau où je suis complètement en confiance, et quand je suis tout en haut, je peux jeter un œil en bas et faire «whouaa», c’est tellement génial.
 

Cela fait longtemps que vous êtes dans la partie, est-ce que vous ne ressentez pas une lassitude?

Non, je fais du sport pour brûler le stress, pour le plaisir. Et puis j’ai  la chance de pratiquer deux disciplines, le snowboard et le skate, donc je n’ai pas vraiment de vacances. J’aime bien changer, en plus, j’ai de l’asthme, je ne supporte pas trop le froid! Mais j’aime bien pratiquer d’autres sports aussi. Je fais du foot, je suis spécialiste des touches en faisant un flip avant. Et quand j’en ai assez du sport, je prends ma guitare.
 

Vous sentez vous plus comme un sportif ou comme une icône de la culture teen?

Un peu des deux! J’ai la chance de pratiquer des disciplines qui dépassent la compétition. Nous avons nos fringues, notre musique, notre culture et j’adore participer à ça. Ce que je fais est tellement différent de ce que font les snowboarders amateurs. Je «ride» depuis tellement d’années, je fais des  nouveaux tricks pour m’amuser, garder une motivation pour mon sport. Mais ce que je préfère dans le snowboard, c’est descendre une montagne très vite avec des copains.