Euro 2012: En Serbie, le handball ne passionne plus les foules

HANDBALL Alors qu'il était une religion dans les années 80, le handball n'intéresse plus grand-monde en Serbie...

Bertrand Volpilhac, en Serbie

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Des supporters lors du match Islande-Hongrie, le 22 janvier 2012
Des supporters lors du match Islande-Hongrie, le 22 janvier 2012 — ATTILA KISBENEDEK / AFP

De notre envoyé spécial à Novi Sad,


Il fut un temps où la Serbie respirait pour le handball. C’était l’époque où elle s’appelait encore Yougoslavie –avec quelques autres pays en son sein- et qu’elle dominait le monde (en 1986) et l’Olympe (1972, 1984). Mais depuis que la Croatie, la Bosnie ou la Macédoine sont devenues indépendantes, la Serbie n’a plus gagné un seul titre et désintéresse de plus. «Ici, il n’y en a plus que pour le tennis et Novak Djokovic, avoue Aleksandra, étudiante en anglais de 22 ans. Le handball n’est plus du tout une priorité.»

Tennis, football, basket et water-polo

Largement devancé par Djoko, l’idole du pays, mais aussi par le football, le basket ou bien encore le water-polo (qui s’appuie sur une forte tradition), le handball n’a plus rien de la religion qu’il pouvait être. Ce qui explique en partie le manque d’engouement suscité par cet Euro. Malgré les bons résultats du pays hôte, premier qualifié pour les demi-finales, rien ou presque ne laisse deviner qu’un événement international a actuellement lieu à Novi Sad, la deuxième ville du pays. Les journaux locaux n’en parlent presque pas, ou alors en bas de page. Les salles, quant à elles, sont à moitié vides ou remplies par les supporters de pays frontaliers (Hongrie, Croatie). Les bars qui diffusent les matchs –encore faut-il les trouver– n’attirent personne. Pour la première fois, lundi soir, un écran géant retransmettait place de la Liberté le cinquième match de la Serbie (joué à Belgrade) devant 250 badauds bien réchauffés. Bref, si l’ambiance monte graduellement avec les victoires des hommes de Vukovic, on est encore bien loin du fanatisme de nombre de supporters serbes.

«Avant, les gamins jouaient au hand dans les cours d’immeuble»

Nenad, 31 ans, justifie ce manque d’intérêt: «On est supporters de cette équipe, mais elle nous intéresse moins car les résultats ne sont pas bons et qu’on ne connaît pas bien les joueurs, on ne s’identifie pas trop à eux.» Totalement absente depuis près de dix ans des courses au podium, l’équipe de Serbie est composée quasi-exclusivement de joueurs expatriés. Ce qui fait du championnat local l’un des plus pauvres d’Europe. Le Partizan Belgrade, meilleure équipe du pays, est d’ailleurs à sept défaites en sept matchs en Ligue des champions.

Daniel Costantini, qui a connu la ferveur serbe du début des années 90 avec l’équipe de France, se souvient: «Au milieu des années 90, les gamins jouaient au hand dans les cours d’immeuble, et pas au foot. Mais maintenant, les terrains n’existent plus. C’était l’un des pays du handball, avec sa culture propre. La Yougoslavie était à part, elle était facilement identifiable, avec sa propre mentalité, des joueurs très techniques, très fins.»

Jaloux des Croates

Abasourdi par ce qu’est devenu le handball en Serbie, Costantini, actuellement consultant pour RMC, tente d’expliquer: «C’est un pays qui a besoin de gagner, qui en a marre des désillusions. Les gens sont tellement fiers, que quand ça ne gagne pas, ils ne suivent plus.» Et puis, d’une manière sous-jacente, une jalousie entre pays de l’ex-Yougoslavie est probablement née avec la Croatie. «A la grande époque, l’équipe était constituée à 60% de Serbes et à 40% de Croates. La Serbie indépendante, qui n’a jamais eu de grande équipe, a sans doute été marquée par le fait que les Croates retrouvent très vite le titre olympique (En 1996 et 2004) alors qu’eux en sont loin. Mais je suis sûr qu’il ne faudrait pas grand-chose pour ranimer cette flamme…» Comme un titre continental sur ses terres?