Diego Lugano (PSG): «Si tu ne penses pas collectif, tu vas avoir des problèmes avec moi»

FOOTBALL Le défenseur uruguayen du PSG s'est confié à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Antoine Maes

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Diego Lugano, le défenseur uruguayen du PSG, lors de sa présentation à la presse, le 30 aout 2011.
Diego Lugano, le défenseur uruguayen du PSG, lors de sa présentation à la presse, le 30 aout 2011. — PIERRE VERDY / AFP

Pour le moment, Diego Lugano a encore du mal avec la langue française. S’il bredouille quelques mots, c’est dans un espagnol qui sent l’Amérique du Sud à plein nez qu’il prend le temps de faire le point sur une première partie de saison compliquée pour lui. Cadre en puissance, ses lacunes linguistiques l’empêchent encore d’emmener Mamadou Sakho, son capitaine, boire quelques verres. «Mais peut-être qu’après quelques bières, mon français s’améliorerait», se marre «Totita».

Si vous ne deviez employer qu’un seul mot pour décrire votre six premiers mots à Paris, ce serait quoi?

Une expérience. Une nouvelle grande expérience. Moi et ma famille, on est bien à Paris, une ville historique, une capitale mondiale. C’est une expérience culturelle fabuleuse. Chaque jour, j’apprends, je regarde des choses nouvelles. Ça, personne ne peut te l’enlever, c’est pour toi, pour toujours. 

Avez-vous été surpris par le niveau de la Ligue 1?

Non. J’avais l’image d’un championnat très compétitif, très pro. Lors de la dernière décennie, le football français a beaucoup grandi. Tous les stades sont pleins, les structures sont bonnes, toutes les équipes sont très compétitives. Mais je pensais que c’était un championnat avec plus de contacts [il tape dans ses mains pour mimer les duels, ndlr], comme le championnat anglais ou italien. Mais je vois qu’ici, on n’aime pas trop les contacts physiques. Sur les premiers matchs, j’ai un peu souffert avec ça, parce que moi, c’est mon jeu et j’ai donc été un peu critiqué. Bon, je dois m’adapter et apprendre à vivre avec ce jeu. 

La surprise, ça a aussi été la Coupe de France, contre des équipes amateurs. Vous avez souffert à Locminé. Ça aussi, ça vous a surpris?

Voir une équipe de cinquième division jouer à ce niveau… Ce n’était pas le PSG qui a très mal joué, c’est Locminé qui a très bien joué. Ça montre qu’il y a un grand niveau dans toutes les divisions. Qu’ils se préparent tous pour gagner la Coupe, et surtout pour battre le PSG. On est à la mode, donc en France, il y a une ambiance qui dit «il faut les battre». Ça se sent, c’est dans l’air, tout le monde veut battre le PSG. Ça fait partie du jeu. 

Sur 20, quelle note vous donneriez à vos performances?

Ah… J’ai été très irrégulier, donc c’est dur. J’ai très bien commencé, j’ai fait des bons matchs, et j’ai aussi fait des matchs qui n’étaient pas aussi bons. Et puis je n’ai pas eu de chance: dans le match le plus important de l’année, contre Marseille, je me suis blessé, et j’ai joué 45 minutes avec les ligaments touchés. 

Vous ne vouliez pas sortir?

Non, non, non! Tu dois sortir mort. Ça c’est notre mentalité, qui n’est peut-être pas la vôtre. Sur un «clasico», un match si important, tu ne peux pas sortir pour une douleur. Derrière, je passe 25 jours dehors à cause de cette blessure. Ça m’a coupé dans ma continuité. Aujourd’hui encore, j’ai un peu mal au genou. Ça m’emmerde un peu. Il y aussi ce match de Coupe de la Ligue contre Dijon, je provoque un pénalty qui n’existe pas. Et ce penalty fait que l’équipe perd, et toutes les critiques me tombent dessus. 

Elles vous font mal, ces critiques?

Non, non… Je ne les lis pas, d’abord parce que je ne sais pas lire le français [rires]. Et puis je n’ai pas le temps, avec mes trois fils, ma vie familiale… Mais objectivement, c’est aussi de la malchance, provoquer un penalty qui n’existe pas et perdre à cause de ça, et toutes les critiques qui te tombent dessus. Quelle injustice! 

Vous trouvez toutes les critiques injustes?

Non, ça, spécifiquement, c’est injuste. On a fait de très bons matchs, la plupart des matchs qu’on a joués, on les a gagnés. Evidemment, le mot d’ordre c’est de s’améliorer, jusqu’à ce que, si on en a l’envie, on soit champions. Moi j’espère que j’aurai un peu plus de chance, que je n’aurai pas de blessures. Continuer à travailler avec beaucoup de professionnalisme, d’engagement, et tout donner pour ce maillot. 

Vous avez l’impression que le Lugano de la Coupe du Monde 2010 est loin de celui de 2012?

Lors des huit ou neuf dernières années de ma carrière, j’ai été champion avec toutes les équipes où je suis passé, j’ai fait de grands matchs avec l’Uruguay… Et bien sûr, ici en France, j’espère la même chose. Evidemment, il y a des difficultés, mais ce qui ne changera jamais, c’est ma manière de travailler, de penser, de vouloir faire le mieux possible. 

On vous annonce de retour en Turquie pour ce mercato. Ce que vous venez de dire, ce n’est pas le discours d’un joueur sur le départ…

Ce sont des stupidités, et je ne sais pas d’où elles sortent. Là-bas, ils m’aiment beaucoup. Alors peut-être qu’à chaque fois que je ne joue pas un ou deux matchs ici, ils spéculent et disent que je vais revenir. Mais je suis ici pour être champion, pour vivre une nouvelle expérience… Non vraiment, c’est une stupidité tellement grande que quand je l’ai lu, j’ai ri! Mais celui qui lit ça là-bas, qui ne sait pas, il se dit «Ah! Il revient!». 

On dit de vous que vous êtes un leader de vestiaire. Mais ça veut dire quoi, un leader de vestiaire?

La seule façon d’être un leader dans une équipe, c’est en donnant toujours l’exemple, dans le travail. En donnant de la joie quand tu bosses. En donnant de la force quand l’équipe en a besoin. En respectant ses coéquipiers. Être à l’écoute s’ils ont des problèmes. Respecter l’entraîneur, ses décisions. Parce que nous sommes 25, et si tout le monde veut jouer… L’an passé, j’étais remplaçant sur certains matchs, ça ne m’était pas arrivé depuis dix ans. Il fallait encourager les coéquipiers. C’est la seule façon d’être un leader, par l’exemple, il n’y en a pas d’autres. Et tous les jours, à chaque moment. Pas une seule fois. 

Tous les joueurs ne pensent pas comme ça. Il y en a beaucoup, et au PSG aussi, qui pensent de façon beaucoup plus individualiste…

Si ça arrive dans un groupe, tu dois faire en sorte qu’ils pensent collectivement. Sinon, on a vite des problèmes. Moi,  je suis une personne très frontale. J’aime que mes coéquipiers soient honnêtes dans le travail, qu’ils aient une vision collective. Et si tu ne penses pas comme ça, tu vas avoir des problèmes avec moi. 

Dans ce domaine, Ancelotti a changé quelque chose par rapport à Kombouaré?

Ça, je ne peux pas te le dire. Je ne peux pas parler pour les autres. Moi je dis toujours la même chose, le joueur doit être professionnel, travailler de la même façon, sans penser au coach. Peu importe que ce soit Ancelotti, l’un des entraîneurs les plus connus du monde, ou que ce soit Antoine, un entraîneur français prestigieux. Toi, joueur, tu dois être pareil. Pour moi, c’est la même chose. 

Et est-ce que ça change quelque chose pour votre situation sportive?

Un défenseur, normalement, devrait pouvoir jouer deux ou trois matchs de suite pour montrer un peu de régularité. C’est important. J’espère avoir l’opportunité de jouer une séquence de matchs. Mais je dois le démontrer sur le terrain. Mes coéquipiers, à mon poste, sont d’un grand niveau. Et ça oblige tout le monde à travailler plus.

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