Dakar 2012: Moi, Julio Ano, arrivé avec 48 heures de retard à Lima

RALLYE-RAID Le Français, antépénultième de la course, raconte sa quinzaine...

Propos recueillis par Romain Scotto à Lima (Pérou)

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48 heures, 8 minutes et 45 secondes. Voilà l’écart qui sépare le vainqueur du classement moto, Cyril Despres de Julio Ano, un amateur qui a finalement passé deux fois plus de temps sur sa bécane que le leader de la course. Pour le 96e au classement (et antépénultième du rallye), les chiffres n’ont aucune importance. L’objectif était simplement de rallier Lima en morceau et ne pas être trop cuit pour partir au ski avec une cinquantaine de copains en fin de semaine. Pari tenu. Le motard revient sur une quinzaine qu’il n’est pas prêt d’oublier.

Ses pauses préférées. «On roulait sur la côte péruvienne au bord de mer et là je vois Pierrot, un copain motard arrêté en train de prendre des photos. Je me suis dit, t’as raison, on a fait des photos, des vidéos et on a été mettre les mains dans l’eau. On a perdu du temps, mais ce n’est pas bien grave. Un jour dans un rio, la moto chauffait à mort. Là, il y avait un Brésilien sous un arbre qui se reposait une petite heure. Comme lui, je me suis dessapé, j’ai mis mon chapeau et j’ai fait une pause. C’était le quatrième jour. Il ne fallait pas griller toutes les cartouches. Je n’en avais pas des milliards…»

Son meilleur ravitaillement. «Une fois, je m’arrête à une station service et croise un vendeur de hot-dog. Je suis passé devant, j’ai fait 200m et je me suis dit: «Attends. Il te reste encore 200km. Tu n’es plus à un quart d’heure près.» J’ai fait demi-tour et je me je suis acheté un hot dog. Ça fait vraiment du bien. Quand t’es sur la moto, de temps en temps tu te taperais bien un Big Mac aussi.»

Sa plus grosse galère. «En fin de rallye, j’ai beaucoup souffert dans les dunes. A un moment je ne pouvais pas en monter une. Je m’écarte de la trace et la moto s’est tanquée dans du sable mou en première. Plof, elle s’est arrêtée. J’ai pris l’option de descendre dans le trou de la dune. Et là manque de bol, c’était encore du sable mou. Elle s’est retanquée. J’étais tout seul, il faisait chaud. Je me suis déshabillé, j’ai tout posé en haut de la dune. J’ai couché la moto, dégagé la roue arrière et avancé mètre par mètre. Là, t’es mort, ça dégouline de partout. A un moment, elle a repris et je suis sorti du trou. J’ai vraiment eu peur de coucher sur place.»

Sa plus grosse frayeur. «C’était au Chili. Il y avait des petites dunes, j’en ai passé plusieurs gentiment et je suis arrivé sur l’une d’elle, de face. Au lieu de monter, je me suis écrasé dessus. Là, la roue avant s’enfonce dans la dune et toi, t’es là, les mains sur le guidon et les deux pattes en l’air. Tu ne sais pas de quel côté tu vas tomber. Et hop, je suis redescendu en arrière. Ça fait à moitié rire mais j’ai pris un bon coup dans les poignets.»

Son plus beau moment d’entraide. «Une fois, j’ai aidé la petite nénette en quad, Camélia Liparoti qui était coincée. Elle m’a supplié des mains de la sortir du sable. Je me suis dit: ‘Allez je m’arrête, je l’aide à sortir’. Elle était dans le fech fech (poussière de sable), c’est abominable. On ne peut pas rouler dedans. La piste était remplie de poussière.»

Sa plus belle prise de bec. «C’était avec une voiture pendant le passage de la Cordillère. Le mec allait me doubler  sur une piste de 15m de large. Je roulais là et je le vois arriver. Au dernier moment je me mets carrément à gauche et il passe juste à côté de moi. Abruti le gars. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui faire un bras d’honneur. Ce n’est pas mon style. Je n’ai jamais fait ça, mais là je n’ai pas pu m’empêcher.  On arrive à la douane, le mec me demande pourquoi je lui ai fait ça en anglais. Je ne comprenais rien et ça m’arrangeait bien. Il me dit: On verra au bivouac. Il n’est jamais venu…»