Nicolas Ouédec: «Anelka va se régaler en Chine»

FOOT L'ancien Nantais a fini sa carrière dans le championnat de Chine et a adoré...

Propos recueillis par Bertrand Volpilhac

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Nicolas Ouédec, en 1995 avec Nantes face à Metz
Nicolas Ouédec, en 1995 avec Nantes face à Metz — V.KESSLER/REUTERS

Parce qu’il «avait envie de finir sa carrière sur un dernier gros challenge», Nicolas Ouédec a décidé en 2002 de découvrir le football chinois. Avec un certain succès. Elu meilleur joueur étranger du pays dès sa première saison sous les couleurs de Dalian Shide (il jouera ensuite pour Shandong Luneng), il ne garde que de bons souvenirs de ses trois années dans ce pays qui «vit pour le football». Et assure que Nicolas Anelka, qui vient de signer pour le club de Shanghai, va se «régaler».

Quel est le niveau du championnat de football de Chine?
J’avais été agréablement surpris par la qualité du jeu proposé par les équipes. Ce n’est pas le niveau d’un gros championnat européen, mais quand les quatre, cinq équipes majeures se rencontrent (celles de Shanghai, Shenzhen ou Shandong), c’est d’un très très bon niveau. Je dirais deuxième moitié de Ligue 1 ou meilleures équipes de Ligue 2. J’étais souvent étonné par l’adversaire, par le jeu. A la fin de plusieurs matchs accrochés contre les meilleurs équipes, je me suis dit: «Bon sang, mais ça joue!». Il y a vraiment de super joueurs en Chine.

Y-a-t-il un engouement fort autour du football là-bas?
Oui, c’est impressionnant. A mon époque, la Coupe du monde allait avoir lieu en Asie et la Chine était qualifiée, dont le contexte était particulier. A Dalian, lors de ma première saison, le stade de 60.000 places était plein tous les dimanches. Je me souviens du dernier match de la saison: nous devions gagner contre Pékin pour être champion (on l’emporte finalement 2-1), et l’arbitre a différé la rencontre d’une heure car c’était n’importe quoi! Les gens grimpaient au mur pour essayer d’avoir une place… J’ai cru que le stade allait s’écrouler. Quand on voit les sommes dépensées pour Anelka (10,6 millions d’euros par an), je ne pense pas que tout cela soit retombé. A mon époque, les meilleurs joueurs étrangers étaient autour d’un million la saison. Donc le football chinois a dû continuer son évolution. Il n’y a qu’à voir les infrastructures…

«Trois jours avant le match, les femmes doivent partir pour laisser les joueurs entre eux»

Elles sont impressionnantes?
Surréalistes. C’était au niveau de la Jonelière à Nantes. Des dizaines de terrains d’entraînement, une piscine, un sauna… Vous avez tout sur place. D’ailleurs, le joueur chinois vit dans le centre sportif! Ils tolèrent que les joueurs étrangers vivent ailleurs… Mais tous les joueurs chinois vivent dans le centre avec leur famille. C’est comme une petite ville. Du coup, ils sont complètement concentrés sur le football. Ils sont tous ensemble tout le temps. Trois jours avant le match, les femmes doivent partir pour laisser les joueurs entre eux. Dans le centre, il y a de grosses statues qui font six mètres de haut à l’effigie des joueurs, tout est démesuré. Les stades, y’en a pas un en dessous de 60.000 places… Anelka, il va se régaler!

Quel style de jeu proposent les équipes chinoises?
Il ne faut pas tomber dans le cliché et se dire qu’il n’y a que des nains et que ça coure partout. C’est comme partout, il y a des petits et des costauds. Là où ça pêche, c’est surtout au niveau tactique et de la formation. Leur football est en plein évolution. Ils ont besoin de beaucoup apprendre, de former des éducateurs. Mais ils ont envie d’apprendre, ils sont très demandeurs, écoutent beaucoup. Ils savent très bien que l’avenir est dans la formation. Leur réservoir est tellement énorme…

«Là-bas, il ne faut pas se louper»

Le football a donc une place importante dans la société chinoise?
Il n’y a que du foot à la télé, des émissions, des matchs étrangers… A Dalian, j’étais avec une star qui s’appelait Hao Haidong. De toute ma carrière, je n’ai jamais vu un joueur autant médiatisé. Il était placardé sur tous les murs, il ne pouvait pas sortir de l’hôtel. Quand je suis arrivé, je m’en souviens, l’entraîneur m’avait demandé quel numéro je voulais. Moi, sans savoir, j’avais demandé le 9. Tout le monde s’est mis à rire car c’était son numéro et que j’avais osé le demander.

N’est ce pas trop compliqué de s’habituer au gigantisme chinois pour un footballeur européen, habitué à être ultra-protégé?
Il faut du temps. Cédric Lécluse, qui avait toute sa carrière à Nancy, a débarqué en 2002 et n’a tenu que quelques mois avant de repartir. Ce n’est pas facile. Là-bas, il ne faut pas se louper. C’est le revers de la médaille. J’ai vu beaucoup d’étrangers qui arrivaient en préretraite, faisaient trois matchs et étaient renvoyés chez eux. Ils s’en foutent des règles de la Fifa. Quand ils investissent, il faut qu’il y ait un retour.

 

 

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