Ligue1: René Girard vu par les membres du staff montpelliérain

FOOTBALL Quand l'adjoint, le préparateur physique et le médecin du club évoquent la personnalité de l'entraîneur leader de Ligue1...

Propos recueillis par Romain Scotto
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L'entraîneur de Montpellier, René Girard, lors d'un match de Ligue1, le 13 mars 2011.
L'entraîneur de Montpellier, René Girard, lors d'un match de Ligue1, le 13 mars 2011. — G.Fuentes/REUTERS

Une place de leader du championnat avec Montpellier, une centaine de matchs en L1 en tant que coach, et quelques coups de gueules mémorables. Voilà pour la fiche technique de René Girard, entraîneur d’une équipe qui court après le titre de champion d’automne cette saison. Et peut-être un peu plus. Avant la 17e journée et un déplacement à Valenciennes, trois des membres de son staff livrent leur sentiment sur l’homme avec qui ils travaillent au quotidien.

Pascal Baills, entraîneur adjoint, travaille avec René Girard depuis deux ans et demi: «Mentalement, il a vingt piges»

«Depuis que je le connais, il est toujours aussi sérieux. Il s’est peut-être assoupli au niveau du caractère. Il est un peu moins colérique, moins énervé. Mais après au niveau du travail quotidien, il n’a pas changé. C’est quelqu’un de franc du collier, de net, donc à partir de là des fois il explose, mais bon il n’y a rien de méchant quoi. C’est quelqu’un qui déconne, qui a de l’humour, de l’autodérision. Il peut oublier certaines choses et dire «Oh putain j’ai Alzheimer qui arrive.» Mais son âge ne le tracasse pas plus que ça, il vit bien le fait d’être l’un des plus anciens entraîneurs de L1. Dans l’esprit il n’a pas 57 ans. Il est plus jeune. Il a la fraîcheur mentale de quelqu’un qui mentalement a 20 piges. Sauf, des fois, quand il veut frapper dans le ballon avant l’entraînement… On le voit souvent s’emporter, mais disons qu’il ne supporte pas l’injustice. C’est  vrai qu’il perd les pédale, qu’il crie mais bon après, c’est terminé. Il n’est pas rancunier. C’est aussi quelqu’un de très fidèle en amitié. Tous les mardis on mange ensemble au bistrot à Grimaud (près de Montpellier). En dehors du foot, il aime le pif (le vin) parce qu’il a vécu à Bordeaux. Quand je dis ça, ce n’est pas un soulard, c’est vraiment une passion. Comme les olives puisqu’il a une quarantaine d’oliviers chez lui, voilà il aime pas mal de choses. Avant le foot, il avait ouvert une maison de la presse, il était carreleur. Il aime aussi parler rugby, on le voit parfois à Montpellier mais le club qu’il aime, c’est l’Aviron bayonnais…»

Nicolas Girard, son fils et préparateur physique. Côtoie René Girard depuis 33 ans. «Il pourrait s’occuper d’une manade avec des taureaux et des chevaux»

«Je n’habite pas avec lui, heureusement. C’est dur de travailler avec son père. Il n’y a pas que le lien professionnel qui agit dans la relation. Il y a quelque chose qui s’ajoute. Le René Giard passionné, colérique qu’on connait est le vrai René Girard. Il ne joue pas un rôle. C’est le reflet de ce qu’il est dans la vie même s’il ne s’emporte pas aussi souvent. Il défend ses couleurs, presque au-delà de ce qu’il devrait faire. Il est presque de mauvaise foi des fois. Sur le coup, il ne lâche pas le morceau. C’est familial. Il ne fait pas attention à sa gestuelle, à ce qu’il va dire. Après, cela plaît ou ça plaît pas. La grande majorité des bons penseurs, il s’en fiche. Il ne fera jamais partie d’un monde aseptisé, attaché à l’image. C’est un homme de terrain qui ne veut être jugé que par ses résultats. Quand j’étais enfant, ce n’était pas un père sévère. Il m’a inculqué certaines valeurs. Il a un grand cœur, il est attachant en étant à la fois dur et affectif. Il est comme ça avec ses joueurs. En retour, il y a un échange, ce n’est pas à sens unique. S’il n’était pas entraîneur, il ne resterait pas le cul planté sur une chaise ou dans un canapé devant la télé. Il ferait quelque chose qu’il aime. Je pense qu’il s’occuperait d’une manade, avec des taureaux et des chevaux. Ça colle à son tempérament. Mais de toute façon, il travaillera le plus tard possible, la retraite à 62 ans, ce n’est pas pour lui. Il risque d’être dans le milieu encore quelques années. Il a le temps d’en embêter encore quelques-uns.»

Docteur André Jacquemin, médecin en chef du club. Travaille avec René Girard depuis deux ans et demi. «Il a la science du football»

«Le René Girard que je connais, c’est un homme chaleureux, franc, direct, passionné par son métier. Il est aussi à l’image de notre président. C’est un homme de grande expérience, de grand talent, qui a une vision extrêmement pointue de la qualité de chacun de «ses garçons», comme il dit. Il a une bonne connaissance psychologique. Moi qui suis psychiatre, c’est quelque chose qui me séduit beaucoup. Il est capable de rassembler sous la même bannière des personnalités différences. Il fédère des personnalités différentes, un peu abruptes. Il a la science du football. Sa grande force, c’est de prendre le temps de connaître chaque joueur. De ne pas avoir des idées préconçues. De travailler sur le matériau humain. J’ai connu d’autres entraîneurs, que je ne citerais pas, qui avaient un égo surdimensionné, et qui à partir de là, avaient forcément des problèmes relationnels avec des joueurs. Il est à l’écoute. On échange sur des profils psychologiques. Je n’ai rien à dire sur sa façon de gérer les hommes. Nous avons des rapports de sympathie forte. C’est quelqu’un de chaleureux. On connaît ses moments intempestifs, mais ce n’est que la conséquence de son esprit passionné. Il a sa manière d’être et quelque part je la respecte.»