Qatar: «Le sport permet à notre pays de prendre vingt ans d'avance»

INTERVIEW Sheikh Saoud bin Abdulrahman Al-Tahni, le secrétaire général du comité olympique, explique pourquoi le Qatar est aussi agressif dans le domaine sportif...

Propos recueillis à Doha (Qatar) par Pierre Koetschet

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Le secrétaire général du comité olympique qatari Sheikh Saoud al-Thani à Doha, le 27 novembre 2011.
Le secrétaire général du comité olympique qatari Sheikh Saoud al-Thani à Doha, le 27 novembre 2011. — P.KOETSCHET/20MINUTES

 

De notre envoyé spécial à Doha (Qatar)

Pour lui, la jalousie des pays européens vis-à-vis du petit Qatar qui a arraché l’organisation de la Coupe du monde de football à la barbe des grandes nations du sport s’explique avant tout par la méconnaissance de la place que le Qatar accorde au sport. Alors, le sheikh Saoud bin Abdulrahman Al-Tahni, secrétaire général du comité olympique qatari, prend le temps d’expliquer la stratégie du petit émirat, en passe de devenir un acteur mondial incontournable du sport.
 

Le Qatar investit beaucoup dans le sport, notamment en France. L’exemple le plus récent est le PSG. Cette politique va-t-elle se développer?

Oui, bien sûr. Cette politique n’a pas commencé avec le PSG. Nous sommes présents depuis très longtemps dans le sport français, notamment avec le Tour de France, ce qui nous a permis de développer le Tour du Qatar. Bien sûr, le PSG attire maintenant l’attention. Et nous sommes très heureux de cette collaboration car elle illustre les liens très forts avec la France non seulement d’un point de vue sportif, mais aussi diplomatique car nous pensons que le sport est un vecteur de développement très important pour le Qatar.
 

Quelle est la place du sport dans la politique qatarienne?

La famille royale qatarie est très intéressée par le sport car nous pensons que le sport est un vecteur majeur. Le sport peut rassembler une nation et accélérer tout le développement d’un pays, que ce soit concernant les infrastructures, l’éducation… L’émir considère qu’il est très important pour le pays d’obtenir l’organisation des principaux événements sportifs mondiaux. Organiser un grand événement comme la Coupe du monde de football (qui se déroulera au Qatar en 2022) permet de faire progresser son pays de vingt ans parce que tout le monde pousse dans le même sens. Nous disons souvent: “On peut bouger des montagne, mais on ne peut pas changer la date de début de la Coupe du monde”. Si l’immeuble du comité olympique est aussi grand, ce n’est pas pour rentrer dans le livre des records, mais parce que nous avons une stratégie à long terme. Pour nous, le sport doit servir à développer notre pays, nos infrastructures, nos routes, nos hôtels…
 

Comprenez vous que certains pays européens soient mécontents que ces événement soient attribués au Qatar? On se souvient notamment des réactions très dépitées des officiels français à l’annonce de l’attribution des mondiaux de hand au Qatar…

Nous comprenons ces réactions. Nous venons d’échouer dans l’attribution des mondiaux d’athlétisme en 2017, c’est finalement Londres qui a été choisie. Mais c’est le sport. Parfois on gagne, parfois on perd. Il est vrai que la France est une place forte du hand et que l’équipe de France a tout gagné, mais nous aussi nous adorons le hand. C’est le deuxième sport ici. Le sport est en train de vivre une révolution, celle de la mondialisation.
 

Avez-vous l’impression de déranger dans le monde du sport?

Les gens ne se rendent pas compte de tous les efforts que nous avons fourni depuis des décennies. Quand nous avons candidaté en 1999 pour l’organisation des jeux asiatiques de 2006, tout le monde pensait que le Qatar était un trop petit pays pour cette tâche. Et c’était une grande réussite. Nous avons prouvé que le sport n’était pas réservé à des aires géographiques données ou à de grands pays. Depuis dix ans, nous accueillons chaque année une trentaine d’événements sportifs de toute sorte. Pour nous, c’était à chaque fois des entraînements pour de plus grands événements.