Une journée avec... Christophe Brun, coureur du désert

©2006 20 minutes

— 

Concurrent de la 21è édition du Marathon des Sables, Christophe Brun a terminé à la 35è place, après avoir parcouru 212 kms dans le désert Sud-Saharien marocain, du 9 au 15 avril dernier. Une course éprouvante en six étapes et en autosuffisance alimentaire.

Vendredi 14 avril, 7 h Sous les tentes du bivouac, l'ambiance est presque joyeuse. Après six jours d'épreuve, des liens se sont tissés entre les concurrents. « Nous sommes tous contraints par les mêmes règles, dormons sous les mêmes tentes, mangeons les mêmes barres énergétiques, les mêmes plats lyophilisés, disposons de la même quantité d'eau pour boire, se faire à manger, se laver, détaille Christophe Brun. Sans contacts avec l'organisation autre que médicaux. » Olivier Assant, son compagnon de route, renchérit : « Tu côtoies des gens de tous pays [trente-deux nationalités représentées], de toutes conditions sociales, de tous âges, des deux sexes. C'est une vraie aventure humaine. » La veille, les 731 participants ont savouré leur journée de repos. Après les 57 kilomètres de l'étape de mercredi, le marathon et ses 42 kilomètres effraient moins. Les vents de sable, le taux d'hydrométrie 20 % supérieur aux années précédentes, les températures de plus de 40 ºC ont laissé des traces. Mais chacun sait que cette avant-dernière étape est la dernière difficulté. Demain, il ne restera que 12 kilomètres.

8 h Christophe Brun est détendu. A une heure du départ, il assure sa chronique dans l'émission médicale de Michel Cymens « ça va bien... merci ». Joint par téléphone satellite, il rend compte du nombre record d'abandons cette année : 146, soit deux fois plus qu'en 2005. La déshydratation est le premier fléau : 62 concurrents ont été perfusés. L'hydrométrie record a conduit l'organisation à augmenter les rations d'eau dès la deuxième étape. Des images des deux premiers jours reviennent à l'esprit de Christophe Brun : celles de concurrents épuisés, moralement effondrés, allongés sur les bas-côtés, à bout de force. « On a accordé autant de soin à la logistique qu'au physique dans notre préparation », précise Olivier Assant. Primordial puisque la course est en autosuffisance alimentaire : seules l'eau – 50 litres par personne pour les six jours – et des pastilles de sels sont fournies. « Ce qui est stressant, c'est de devoir gérer la nourriture et l'eau, en course comme en bivouac », souligne Christophe.

9 h 05 Vérification du sac à dos, de l'accès aux gourdes, aux rations, aux gels énergétiques, à la boussole... Un rituel obligatoire avant le départ. Le parcours du jour doit, lui, être connu par coeur. Une erreur d'itinéraire peut être fatale, même si un hélicoptère surveille les coureurs. « Le troisième jour, nous attendions le ravitaillement à un endroit, il était en fait 4 km plus loin. Dans le désert, cela peut suffire à vous déshydrater s'il ne vous reste pas assez d'eau », prévient Christophe Brun.

10 h 25 « Le concept du Marathon des Sables, c'est un pied devant l'autre ! », rappelle Christophe. Pourtant si proche de la fin, la plupart des concurrents sont partis vite sur cette étape. Les ampoules sont oubliées et le plaisir de courir revient. « Quand je cours, je trouve toujours des solutions, des réponses à mes problèmes. Et dans ces étendues sublimes, mon esprit est ouvert à des bonheurs simples », confie Christophe, qui s'est mis à la course à pied deux ans auparavant avec un Marathon de Paris à son actif. La promesse de s'asseoir vers 18 h devant la tente, au frais, quand les vents de sable se calment enfin, est pour beaucoup un précieux moteur.

13 h Le vent, souvent si cruel, est aujourd'hui avec les coureurs. Dans leur dos. Les dunes ont été franchies sans encombre. « Ces dunes, on peut y laisser beaucoup d'énergie », précise Christophe Brun. « Parfois mieux vaut y marcher, cela permet de récupérer. » Pour s'y préparer, une équipe stéphanoise s'est entraînée... dans la poudreuse.

16 h 30 Retour au bivouac. Demain, c'est la fin de l'aventure. Presque un déchirement : « Tu rejoins la foule et une civilisation à laquelle tu avais échappé », lâche Olivier.

Christophe Dupont-Elise