Masters de Bercy: Nicolas Mahut, porté par le drame

TENNIS Depuis le décès de son neveu, la semaine dernière, le Français est imbattable, porté par l’envie de faire sourire son «frère ne serait-ce que cinq minutes par jour»...

B.V.
— 
Nicolas Mahut à Bercy, le 7 novembre 2011
Nicolas Mahut à Bercy, le 7 novembre 2011 — J.NAEGELEN/REUTERS

De son histoire, les scénaristes hollywoodiens pourraient s’inspirer pour écrire un biopic aussi dramatique qu’émouvant. Frappé la semaine dernière par le décès du fils de son frère, âgé de deux ans, Nicolas Mahut marche sur l’eau depuis le début des qualifications du Masters de Bercy (trois matchs, trois victoires nettes), comme s’il était porté par une force inexplicable et presque irrationnelle. «Le choc a fait que je vis au jour le jour, justifie celui qui sera opposé à David Ferrer au deuxième tour, mercredi. Je me dis que si, grâce à moi, mon frère a le sourire pendant ne serait-ce que cinq minutes, ça va…»

«Ca lui permet de s’oublier»


A tel point que par instants, le Mahut du «match le plus long à Wimbledon», là où il a joué le meilleur tennis de sa vie, refait surface. «Ce qui lui est arrivé lui permet de s’oublier, de faire autre chose dans un match que s’auto-juger, se critiquer et s’accabler de pensées parasites, explique Philippe Bouin, ami et co-auteur d’un livre avec Mahut. C’est son grand défaut. Mais là, Il se sent chargé d’une mission, il ne gagne pas pour lui. Ca l’oblige à se focaliser sur autre chose que son nombril.»

En grande difficulté depuis plus d’un an à cause d’une série de blessures et d’une très difficile digestion de son match fou face à John Isner à l’été 2010, Mahut, 95e joueur mondial, a trouvé le remède dans un mélange d’indifférence et de désinvolture, dont les vertus semblent coller avec son jeu ultra-offensif. «Je joue mon jeu mais je suis extrêmement détaché par rapport à tout ce qui se passe sur le terrain, avouait ainsi Mahut après avoir battu Juan-Carlos Ferrero au premier tour (6/2, 6/3). Je relativise. Les flashes des appareils photo, une erreur d’arbitrage, des gens qui bougent au premier rang, ça me glisse dessus. Je ne m'énerve pas sur des éléments extérieurs ce qui peut m'arriver régulièrement. Du coup, mon jeu est plus fluide, plus pur. Je suis moins contracté et j’arrive à jouer le coup juste.» Et il en faudra un paquet pour venir à bout de David Ferrer.