Louis Nicollin: «L'image, j'en ai rien à braire, tant qu'on gagne»

FOOTBALL Le président montpelliérain, plus discret que d'ordinaire cette saison, revient sur sa gestion très personnelle de son club, 2e de Ligue 1 avant un déplacement à Saint-Etienne...

Propos recueillis par Antoine Maes

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Louis Nicollin, le président de Montpellier, dans son bureau de la manade Saint-Gabriel, à Marsillargues, en août 2011.
Louis Nicollin, le président de Montpellier, dans son bureau de la manade Saint-Gabriel, à Marsillargues, en août 2011. — PASCAL GUYOT

A 68 ans, la lassitude n’est pas encore venue frapper à sa porte. Louis Nicollin, à la tête d’un Montpellier bien accroché sur le podium, reste égal à lui-même. Et pourtant, on l’entend beaucoup moins depuis le début de la saison. «Quand ça marche pas on est bavard, et quand ça marche, on essaie de se taire», sourit «Loulou». En ce moment, ça roule pour le MHSC, mais 20Minutes n’a pas eu trop de mal à le lancer.

Avec votre fils Laurent comme président délégué, Bruno Carotti comme directeur sportif et Michel Mézy comme conseiller, vous semblez avoir pris de la hauteur dans votre club. C’est une façon de préparer l’après Louis Nicollin?

Ah pas du tout! Je suis toujours le grand patron (rires). J’ai vu ce papier de L’Equipe (qui détaillait l’organisation du MHSC, sans lui, ndlr). Si je n’y suis pas, c’est pas grave. Mais c’est moi le boss et je resterai le boss. Le club nous appartient, enfin m’appartient à 99,99%. 

Du coup vous vous occupez de quoi au club?

Rien du tout. Y en a qui vous disent qu’ils passent 10 heures dans leur club, moi j’ai jamais passé 10 heures dans mon club. Le plus que j’ai fait, c’est une heure voire deux, par semaine. J’aime déléguer, point à la ligne. Et puis on fait les comptes tous les mois, comme en entreprise. Ca va, ca va. Ca va pas, on gueule. Point barre. 

Si une offre du Qatar atterrissait sur votre bureau pour acheter le club, quelle serait votre réponse?

Pour faire les poubelles, oui. 

Pas pour le club?

Ah non, non. Je pense qu’il n’est pas à vendre. 

Mais il y a des offres qui ne se refusent pas…

Ah mais s’ils veulent qu’on joue avec Emirates, ou avec Qatar je sais pas quoi, comme le Barça, y a aucun problème. Tout au contraire: j’y vais en courant. 

Un an de plus pour Giroud? «Si c’est pour partir dans un club et ne pas jouer, exemple Chamakh, c’est complètement con, à part pour gagner de l’argent. Mais c’est pas tous des mercenaires»

Est-ce que pour s’en sortir vous êtes obligé de vendre des joueurs comme Olivier Giroud ou Mapou Yanga Mbiwa?

Non, je ne suis pas obligé de vendre. Et puis n’importe comment, on fait pas des conneries, des folies, à payer des joueurs excessivement chers. On sera peut-être obligés parce qu’ils voudront partir, autrement non. Je souhaite les garder d’ailleurs. Je pense qu’un an de plus, c’est possible. Mapou peut-être pas, parce que ça fait déjà un moment qu’il a un peu envie, et puis qu’il entend les sirènes. Mais Giroud, je le verrais bien faire encore une année de plus. Vous savez, si c’est pour partir dans un club et ne pas jouer, exemple Chamakh, c’est complètement con, à part pour gagner de l’argent. Mais c’est pas tous des mercenaires. Faut pas le croire. 

Montpellier 2e de Ligue 1, c’est un miracle ou c’est normal?

Un miracle non, normal non plus. 4e ou 5e, ouais, c’est notre place. Moi j’ai demandé de finir dans les 10 premiers voire à la 7e place, parce que bon, faut faire oublier la 14e de l’année dernière, qui ne m’a vraiment pas plu. Bon, on sait que ça durera pas jusqu’au bout, mais finir 4e, 5e ou 6e, ça ne me déplairait pas. 

Pourquoi ça ne durerait pas?

C’est vrai qu’on a une équipe qui est pas mal. Il y a un bon banc (rires). Comme on disait de Lille l’année dernière. Ca me faisait rire d’ailleurs. 

Pourquoi?

Un bon banc… Tout le monde espère un bon banc, mais c’est les titulaires qui sont surtout importants! On a 26 points, encore 16 et on est sûrs de ne pas descendre. C’est à ça qu’il faut penser. Il y a des clubs qui n’ont pas fait gaffe. Exemple le grand, grand, grand (ironique) club de Monaco. Ca, ça me fait rire les miches. C’est vrai qu’on s’y attendait pas à celle-là. 

C’est important de faire attention. Mais pour progresser, il faut investir, prendre des risques, non?

Sur une année c’est possible, sur plusieurs années c’est difficile, parce qu’on a quand même pas les salaires que les autres clubs ont. Le budget est pas du tout le même. Alors on peut créer une surprise. Un an, deux ans… Et puis après c’est fini. Il faut doubler, tripler la masse salariale. Et comme c’est pas le cas de Montpellier, je pense qu’il faut être raisonnable. 

Donc le but, ce n’est pas de faire grossir le budget pour ancrer Montpellier en haut du classement?

Non, pas du tout. Parce que je pense que Montpellier n’est pas une ville assez football, et avec assez de supporters pour pouvoir briguer cette place. 

D’ailleurs, vous êtes lanterne rouge au taux de remplissage de stade (44%)…

Ah bah oui c’est vrai, il n’y a plus Monaco. Maintenant, on est plus forts qu’Auxerre, faut pas pousser quand même.  C’est vrai que notre stade peut faire 28 ou 29.000, et on fait 12.000. Bon… Je m’en bats les roustons, ils font ce qu’ils veulent les gens. Ca prouve qu’il y en a qui ne viennent que pour les grands matchs. 

La Mosson sonne creux? «Si les gens préfèrent aller voir des fiancées à la plage, ils ont raison»

Mais ce n’était pas le cas contre Dijon?

On était 12.000. C’est suffisant pour un club comme le nôtre. C’est pour ça qu’on ne changera pas de statut. Moi vous savez les gens, s’ils préfèrent aller au rugby ou au handball, s’ils préfèrent aller voir les fiancées à la plage, ils ont raison. N’importe comment, j’ai jamais fait vivre mon club sur les recettes de mon stade. Mais je reconnais que si on était à Nîmes, on ferait beaucoup d’argent. 

Votre équipe a une réputation rugueuse, alors qu’elle est meilleure attaque de France. Ce décalage d’image, ça vous ennuie?

On n’a pas une mauvaise image! C’est pas parce qu’on prend des cartons qu’on n’a une mauvaise image. Moi ça me fait rigoler ça. On va pas laisser jouer les adversaires pour leur faire plaisir. Et puis j’aime bien qu’on rentre un peu dans la moulure. On prend des cartons, on prend des cartons, et alors? La seule chose sur laquelle je suis enragé, c’est si on prend un carton et qu’on se fait expulser en discutant avec les arbitres. Point barre. Après le reste, un bon tacle, ça fait pas de mal, hein… L’image, j’en ai rien à braire, tant qu’on gagne. 

Ce ne serait pas plus plaisant pour vous de voir le talent de votre équipe reconnu?

N’importe comment, c’est pas pour nous ça. Vous savez très bien que dans les journaux spécialisés, ou à la télé, on parle que de Marseille, que de Paris, un petit peu de Lyon. Lille ils commencent un peu à abandonner. Et puis on a un petit peu de Bordeaux. Antonetti aussi, quand il fait rire. Mais le Montpellier, ils s’en foutent, et puis alors complet, hein! 

Et ça ne vous chatouille pas ça?

Ca me fait rire! Tu vois pas qu’on finisse 2e ou 3e, y en a, ils sont morts. Y en a, je sais pas s’ils se pendent pas. 

Et Montpellier champion, ça donnerait quoi?

Faut pas croire au Jésus soviétique quand même. On peut aussi ne plus en gagner un et descendre. L’année dernière, on a failli y passer. Moi personnellement, j’essaie de temps en temps d’assister à l’entraînement, et encore, je ne suis pas passionné par ça. Après, c’est eux. S’ils veulent continuer à gagner des sous de primes, il faut qu’ils gagnent, c’est leur métier.