Bruno Putzulu : «En CE1, je regardais tous les films de Bruce Lee»

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Interview de Bruno Putzulu, acteur âgé de 39 ans, qui pratique le football et plusieurs sports de combat.

Vous êtes toujours licencié du club de foot de Toutainville, votre village normand ?

J'ai ma licence à la fédération française de football depuis que j'ai 7 ou 8 ans, et je joue chaque dimanche le Championnat, en milieu de terrain, numéro 9 ou numéro 10. Parce que moi, ça m'emmerde d'aller jouer à Vincennes. J'aime bien un match avec un arbitre officiel, deux équipes qui se rencontrent, on monte ou on descend. Sinon, on joue vingt minutes et après, ça déconne.

Pourquoi tenir tant à retourner chaque semaine jouer en Normandie ?

Quelquefois, je reviens exprès de tournage pour ça. Je joue avec les mêmes équipiers depuis que j'ai 8 ans. Des copains, que je ne vois souvent que dans ce contexte. C'est une dernière accroche avec l'enfance. On se retrouve comme avant. C'est comme la Coupe du monde par exemple. C'est un vrai plaisir d'enfant de se dire qu'il y aura le Mondial cet été. Je vais être avec papa et les frères, on va regarder les matchs ensemble, soutenir l'Italie.

On vous imagine assez mauvais perdant...

Si on joue mal, si on perd, cela peut me pourrir mon dimanche. Sur le bord de la touche, mon père m'engueule. Quand on revient, dans la voiture, il ne dit pas grand-chose, ou alors : « Si c'est pour jouer comme ça, pas la peine de prendre une licence... » Mon père a 83 ans, j'y vais aussi pour lui. C'est son truc de venir me voir jouer. Si je ne joue pas, il reste à la maison.

Outre le foot, vous êtes ceinture marron de karaté, ceinture noire de taekwondo, vous avez pratiqué la boxe anglaise, vous faites de la boxe thaïe...

En fait, tout cela a un lien fort avec le cinéma. Quand j'étais tout petit, mon père m'emmenait à des galas de boxe qui se passaient au cinéma le Royal, à Pont-Audemer. En CE1, CE2, c'était la grande vague des Bruce Lee. Chaque fois qu'un de ses films passait, j'allais le voir tous les jours, tous les jours, tous les jours, jusqu'à ce qu'il ne soit plus à l'affiche. Peu à peu, cela m'a donné envie d'aller voir d'autres films.

Un monde très différent du foot ?

Quand on pratique le foot ou un sport de combat, on est toujours à la recherche du mouvement parfait. Du beau geste technique qu'on réaliserait enfin. Je me souviens très bien des belles passes que j'ai réalisées, des beaux buts que j'ai marqués. L'important, c'est de ne pas chercher à les reproduire, mais d'avoir la sensation de pouvoir les réinventer. Au théâtre, on a beau jouer une pièce 200 fois, on est toujours obligé de s'adapter au public. Il ne faut pas penser avoir une recette. Il y a des boxeurs qui ont une bonne droite et qui vont absolument chercher à la placer. Si l'autre en face a compris, ils ne la placeront jamais.

Quand vous montez sur un ring, quelle image avez-vous de l'adversaire ?

On ne le voit pas de la même manière avant, pendant et après le combat. Avant, il y a la peur, le trac. Comme au théâtre. Il faut se conditionner, être dans le combat avant d'être sur le ring, comme il faut être dans la pièce bien avant de monter sur scène. Pendant le combat, l'autre, c'est quand même un ennemi. Si on est touché, on veut le piquer. Et si je peux le mettre K.-O. au bout de trente secondes, je dis d'accord. Après le combat, qu'on gagne ou qu'on perde, il se transforme en partenaire. Comme si on était heureux d'avoir fait quelque chose de bien ensemble.

Recueilli par Grégory Magne (Kaora Press)