Rugby: La défaite nocturne de l'équipe de France

COUPE DU MONDE Plutôt que de se retrouver comme l'espérait Marc Lièvremont, les Bleus se sont dispersés dans la nuit de Wellington. Comme désunis jusqu'au bout...

A.P, à Wellington

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Luc Ducalcon, Thierry Dusautoir et Dimitri Yachvili, le 1er octobre 2011 à Wellington après la défaite de la France face aux Tonga.
Luc Ducalcon, Thierry Dusautoir et Dimitri Yachvili, le 1er octobre 2011 à Wellington après la défaite de la France face aux Tonga. — A.Phelps / REUTERS

De notre envoyé spécial à Wellington,

Un mythe du rugby français s’est-il écroulé dans la nuit de samedi à dimanche à Wellington? Prenez 1999. Selon ses acteurs, l’exploit face aux Blacks en demi-finale prend corps dans les vapeurs alcoolisés d’une interminable troisième mi-temps  après la victoire en quart de finale contre l’Argentine. De cette soirée,  Marc Lièvremont garde le souvenir d’une gueule de bois salvatrice. La défaite face aux Tonga à peine consommée,  le troisième-ligne devenu sélectionneur depuis décide de noyer le chagrin dans le houblon, cette boisson à laquelle on accorde la propriété de fédérer les groupes et d’expulser les non-dits. «A la fin du match, j’ai sorti trois packs de bière, j’ai dit aux joueurs qu’on se lâchait et qu’on était qualifié.»

Dimanche matin, un Marc Lièvremont mal rasé et désabusé annonce que l’explication  attendue n’a pas eu lieu. Comme sur la pelouse, son équipe s’est dérobée. «J'aurais voulu qu'on se retrouve autour d'un verre, qu'on parle, qu'on échange, qu'on boive et qu'on se dise que l'aventure est belle. Même là, j'ai été déçu, le groupe s'est éparpillé», regrette un sélectionneur réduit à trinquer à la défaite avec les officiers de liaison néo-zélandais de l’IRB. Pendant ce temps, les Bleus vaquent à leur occupation et préfèrent  la compagnie de leur famille ou agent (comme l’a déploré Marc Lièvremont) à celle de leurs partenaires.

«Se mettre des grands coups de caque»

Une heure après avoir touché le fond, Pascal Papé annonçait pourtant une bière à la main que la grande discussion était  au programme du soir. «On a déjà commencé à se dire des choses dans le vestiaire», assure le deuxième-ligne. Fabrice Estebanez va même jusqu’à prôner un mode d’échange plus radical: «Il faut qu’on se mette de grands coups de casque.»

Mais déjà, certains esquissent  un sourire légèrement dédaigneux quand on avance l’idée de retourner tous les bars de Wellington pour se remettre la tête à l’endroit. «C’est typiquement français ce que vous dites là», coupe Dimitri Yachvili. Perdre contre l’Angleterre en Coupe du monde est aussi typiquement français. Et pour l’instant, on voit mal comme cette équipe peut éviter de déroger à la tradition samedi prochain en quart de finale.