Coupe du monde: La polyvalence 9/10, un mal français?

RUGBY Morgan Parra, tout comme Dimitri Yachvili et beaucoup d’autres demis de mêlée avant lui, est capable de jouer aussi à l’ouverture. Mais cette polyvalence est-elle vraiment une bonne chose?...

B.V.

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La prestation de Morgan Parra contre le Canada le 18 septembre 2011, a favorablement influencé Marc Lièvremont semble-t-il.
La prestation de Morgan Parra contre le Canada le 18 septembre 2011, a favorablement influencé Marc Lièvremont semble-t-il. — Christophe Ena/AP/SIPA

Morgan Parra doit sûrement apprécier l’ironie de la situation. La semaine dernière, un peu frustré d’être passé deuxième dans la hiérarchie des demis de mêlée de l’équipe de France derrière Dimitri Yachvili, il déclarait: «Aujourd’hui, je ne couvre pas neuf et dix. Je suis neuf. Quand tu couvres les deux postes, tu es le bon remplaçant de base». Et pourtant, face aux All Blacks, dans un match à l’importance relative mais à la symbolique forte, le Clermontois s’est octroyé une place de titulaire… à l’ouverture. Surprenant, quant on sait que le gamin a certes été formé en dix, mais n’a jamais vraiment joué à ce poste à haut niveau, hormis quelques dépannages ponctuels en club et chez les Bleus.

Question de circonstances

Mais voilà, en France, depuis des années, on fait l’apologie des demis polyvalents. Jean-Baptiste Elissalde ou Frédéric Michalak sont les preuves vivantes de cette spécificité un peu franco-française. «D’une manière générale, ce n’est pas qu’on place volontairement un 9 en 10 et inversement, explique Pierre Villepreux, ancien entraîneur de l’équipe de France de 1995 à 1999. Ce sont souvent les circonstances qui poussent à faire cela, c’est de la nécessité.»

Une option de dépannage donc, qui peut aussi se transformer un danger pour le joueur, comme l'a prouvée la carrière en dent d'un scie d'un Michalak toujours tiraillé entre deux postes, mais aussi pour l'équipe, comme l'affirme l'entraîneur du Racing, Pierre Berbizier. «En France on joue sur la polyvalence mais on oublie la spécificité des postes. Ca peut évidemment mener dans l'impasse. Dans la culture anglo-saxonne, on a jamais versé dans ses dérives: cela n'arriverait pas en Nouvelle-Zélande. » Villepreux confirme: «On peut être très bon aux deux postes, Jean-Baptiste Elissalde l’a prouvé. Mais il ne faut pas en faire une généralité. En aucun cas on doit s’appuyer sur cela pour dire que le rugby actuel demande d’avoir à ces postes-là des gens polyvalents. Au contraire, il faut des spécialistes, dans la mesure où l’expérience à une grande importance car on maitrise mieux les décisions à prendre et qu’on lit le jeu mieux et plus vite.»

Un bon neuf peut faire un dix très correct

Face à la Nouvelle-Zélande, la prestation de Morgan Parra sera donc la clé de la rencontre, et pourrait faire du Clermontois la révélation de la Coupe du monde là ou on ne l'attendait pas tout comme précipiter la chute du XV de France. «Un bon neuf pour faire un dix très correct s'il retrouve les automatismes, les sensations, conclut Villepreux. Les postes sont très différentes dans les décisions à prendre, surtout en terme de jeu au pied.» Voilà Parra prévenu.

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