En stage commando avec Camille Lacourt et Laure Manaudou

NATATION Les nageurs du cercle de Marseille passent une semaine à Lorient dans des conditions d'entraînement extrême...

Romain Scotto, à Lorient

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Laure MANAUDOU lors d un entrainement a la base de fusiliers marins et commandos. LANESTER, le 14/09/2011
Laure MANAUDOU lors d un entrainement a la base de fusiliers marins et commandos. LANESTER, le 14/09/2011 — FABRICE ELSNER / 20 MINUTES

Adopter le mode de vie des fusiliers marins de Lorient, c’est déjà se lever tôt. 6h du matin pour tous les nageurs du Cercle de Marseille, réunis pendant une semaine en stage commando. «On nous avait dit qu’on partait en thalasso», sourit Camille Lacourt, ravi de casser sa routine d’entraînement en ce début de saison. A ses côtés, Laure Manaudou, Frédérick Bousquet ou Fabien Gilot goûtent aussi pour la première fois à la rusticité du monde militaire. Port du treillis, boue dans les yeux, manque de sommeil ou pieds humides… Pour des athlètes élevés dans le chlore, le passage au camouflage kaki rompt forcément les habitudes.

«Le but, c’est de les confronter à eux-mêmes et à un collectif, glisse Gildas Rousselle, maître principal et membre de l’état-major, tout droit sorti de “Full Metal Jacket”. On veut les faire réfléchir sous la pression. Les pousser à être lucides dans des conditions critiques.» Combat dans la boue, raid nautique, séance de tir au pistolet mitrailleur, course d’orientation ou exercice de contre-terrorisme, tout est fait pour déstabiliser les nageurs. «Même dans une piscine, on n’a aucun intérêt à leur faire enchaîner les longueurs, enchaîne Rousselle. Il faut les mettre dans des conditions de stress.» Avec son paquetage militaire de dix kilos sur le dos, ses Rangers et son casque, Fabien Gilot ne dit pas le contraire au moment de plonger dans le bassin. L’exercice de mercredi matin prévoit plusieurs apnées sous filets, une gueuse à remonter et un corps inerte à libérer. Si possible sans se noyer.

«Le premier qui pleure, il paye l’apéro»

Au bord du bassin, Laure Manaudou joue les coachs avisés. Dévouée, c’est elle qui hurle «Allez Jacquot!» quand Jacques Favre, l’un des entraîneurs, peine à terminer son parcours du combattant. Un peu plus tard, les encouragements visent un champion du monde. «Allez girafon! Allez saucisse!» Camille Lacourt est à l’eau. La cagoule et les menottes ne le perturbent pas. Côté chrono, le dossiste termine dans le top cinq, exténué mais largement devant Grégory Mallet, resté bloqué dans un filet. Le sprinteur marseillais sort de l’eau lessivé. «C’est très dur, confirme Fabien Gilot, le plus à l’aise en nage extrême. On bosse la cohésion de groupe. Toute l’année, t’as besoin d’avoir une équipe, une famille autour de toi pour réussir.»

Malgré leur bonne volonté, la petite bande du CNM est pourtant loin du niveau de commandos marines aguerris. «Eux ne peuvent pas laisser quelqu’un derrière eux et n’ont pas le droit d’échouer quand ils partent à la guerre, dramatise Romain Barnier, l’entraîneur des nageurs marseillais. Nous oui, quand on va en compétition. C’est ça la différence. Moi j’apprends, sur le management ici. Comment devenir un leader. Dans la relation humaine, c’est extraordinaire. On prend le temps de discuter entre nous. On fait des choses dangereuses mais on est très bien encadrés.» Et pas question de lâcher. Fabien Gilot a prévenu tout le monde: «Le premier quoi pleure, il paie l’apéro.» Pour l’instant, les bouteilles sont toujours au placard, mais la semaine a tout de même laissé des traces. Une brulure à la main au deuxième degré, des vertiges sur une poutre, une fesse et un front entaillés. S’il faut passer par là pour gagner une médaille olympique l’été prochain…