Rugby: L'équipe de France peut-elle gagner la Coupe du monde avec 30 joueurs?

COUPE DU MONDE DE RUGBY Marc Lièvremont préfère maintenir tous ses joueurs sous pression plutôt que de dégager une équipe-type. Le passé ne lui donne pas forcément raison...

Alexandre Pedro à Auckland

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Marc Lièvremont entourés des joueurs de l'équipe de France, le 6 septembre 2011 à Takapuna (Nouvelle-Zélande).
Marc Lièvremont entourés des joueurs de l'équipe de France, le 6 septembre 2011 à Takapuna (Nouvelle-Zélande). — F.Fife / AFP

De notre envoyé spécial à Auckland,

C’était la question à 1.000 dollars néo-zélandais cette semaine chez les Bleus, avant le match d’ouverture face au Japon: gagne-t-on une Coupe du monde à trente joueurs, comme l’affirme Marc Lièvremont? Ou faut-il dégager une équipe-type d’entrée, à l’image des derniers vainqueurs (l’Angleterre en 2003 et l’Afrique du Sud quatre ans plus tard). Les Français n’ont pas quatre heures pour répondre mais une poignée de minutes pour commenter le projet de leur sélectionneur d’une «Coupe du monde à 30».

En accord avec ses paroles, Lièvremont a d’ailleurs prévu de donner du temps de jeu à chacun contre le Japon et le Canada comme d’autres distribuent le pain. L’arrière Cédric Heymans comprend la démarche. «En n’imposant pas un quinze-type, il pense que chacun va faire progresser son partenaire. S'il y avait un joueur incontournable, les autres pourraient perdre pied. Il pourrait se dire, je n'ai aucune chance de jouer.»

«Entretenir la concurrence pour que le groupe vive»

Les faits sont pourtant têtus. En 2007, des 15 Sprinboks aligné en finale, 14 étaient présents lors du match d’ouverture. Vincent Clerc digère la statistique avant d’ajuster sa réponse. «Il y a quatre ans, on a laissé beaucoup de jus sur certains matchs et on a pu le payer en demi-finale, rappelle l’ailier toulousain. Il faut amener du sang frais par moment et entretenir la concurrence pour que le groupe vive. C’est logique d’avoir des changements sur une compétition qui dure sept matchs.»

Mais si quart de finale il y a, Marc Lièvremont risque de devoir choisir. Et choisir, c’est faire des malheureux. A la différence de ses partenaires, Imanol Harinordoquy a déjà en tête cet inévitable écrémage. «On ne va pas pouvoir changer 15 joueurs entre deux matchs. J’en suis à ma troisième Coupe du monde et je sais qu’il y a toujours un groupe qui se dégage et des déçus forcément.» Sans le savoir, le Basque partage le point de vue de Graham Henry. Le sélectionneur néo-zélandais a prévu de procéder à beaucoup moins de rotations entre les matchs que lors la dernière Coupe du monde en France.

Harinordoquy plaide pour dégager une équipe-type

L’«homogénéité du groupe» vendue par le sélectionneur masque aussi une autre réalité: l’absence d’un noyau dur de joueurs, cette poignée d’hommes qui maintiennent le bateau à flot par gros temps. A ce sujet, Harinordoquy lâche un long soupire. «Un noyau dur? En club, il y a toujours une équipe qui se dégage, attaque le troisième-ligne de Biarritz. Même si tu as 35 joueurs sous contrat, tu sais que tu as une ossature de dix joueurs sur laquelle te reposer et après tu ajustes autour.» Pour l’instant, du côté de l’équipe de France, cette ossature se compte plutôt sur les doigts d’une main que sur les deux.

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