Rugby: Les All-Blacks débutent la Coupe du monde avec le poids de toute la Nouvelle-Zélande sur les épaules

COUPE DU MONDE DE RUGBY Favoris comme avant chaque Coupe du monde, les Néo-Zélandais sont attendus au tournant par les médias et leurs supporters...

Alexandre Pedro à Auckland

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Dan Carter (au centre) et les Néo-Zélandais après une défaite contre l'Australie, le 27 août 2011 à Brisbane.
Dan Carter (au centre) et les Néo-Zélandais après une défaite contre l'Australie, le 27 août 2011 à Brisbane. — D.Munoz / REUTERS

De notre envoyé spécial à Auckland,

La victoire ou la corde. En feuilletant le très influent New-Zealand Herald lundi, le sélectionneur néo-zélandais a pu découvrir un baromètre lui promettant la pendaison si jamais les choses venaient à tourner au vinaigre pour ses All-Blacks. Derrière cet humour tout kiwi, il y a une réalité. Les partenaires de Dan Carter (qui débutent leur tournoi vendredi face aux Tonga) ont le poids de plus de quatre millions de personnes sur leurs épaules. Ils ont aussi cette maudite étiquette de «meilleure équipe du monde entre deux Coupes du monde» qui leur colle au maillot frappé de la fougère depuis 1987 et leur victoire à la maison face aux Bleus de Serge Blanco.

Jeff Wilson connaît trop bien ce qu’est qu’aborder une Coupe du monde en tant qu’équipe à battre. Finaliste malheureux en 1995, terrassé par les Français quatre ans plus tard en demi-finale, l’ailier aux 44 essais chez les Blacks veut croire à un bégaiement de l’histoire. «Bien sûr que la pression est démesurée mais c’est toujours la même chose avec cette équipe, relativise l’actuel consultant télé. Mais je pense qu’évoluer à domicile devant son public et avec ses repères est au contraire un avantage.»

Dépassés par leur propre mythe

Les joueurs, eux, préfèrent éviter de regarder dans le rétroviseur. «Peu importe ce qui s’est passé, maintenant tout ça est derrière nous», cherche à convaincre l’ailier Cory Jane. Les médias et les supporters ne partagent pas le même détachement depuis les défaites du mois dernier contre l’Australie et l’Afrique du Sud. Henry a les oreilles qui sifflent et voit pointer à nouveau le fantôme de Cardiff et cette défaite improbable contre le XV de France, que les médias locaux ne manquent jamais de lui rappeler.

Tombeur des Néo-Zélandais en 1999, Abdelatif Benazzi imagine bien la pression qui peut peser sur les hommes en noir. «Le mythe All-Blacks dépasse toutes les autres équipes, explique l’ancien troisième-ligne. Entre deux Coupes du monde, les Néo-Zélandais sont presque imbattables, mais pendant la compétition ils sont rattrapés par leur propre mythe alors que les adversaires en face se mettent à leur niveau physique.» Un autre ancien de la maison France complète le propos. «Ils ont montré par le passé qu’ils pouvaient être friables lors des matchs décisifs, note Serge Betsen. Et ça, les autres équipes le savent et vont essayer d’en profiter.»

Les doutes, la pression et la pesanteur de l’histoire ne doivent pas faire oublier que «la Nouvelle-Zélande dispose de la meilleur équipe» rappelle Jeff Wilson. «Bien sûr, il peut tout arriver. Dan Carter peut se blesser comme en 2007 par exemple. Mais vous savez, il faut autant de chance que de talent pour gagner une Coupe du monde.» Un ingrédient qui manque à la Nouvelle-Zélande depuis un moment déjà.

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