Mondiaux d'athlétisme: Avec le relais bleu, Teddy Venel repart au combat

ATHLETISME Membre du relais 4X400m engagé cette nuit à Daegu, le Français a connu une enfance difficile en banlieue...

Romain Scotto

— 

Le coureur de 400m Teddy Venel, lors des championnats d'Europe par équipe, le 18 juin 2011 à Stockholm.
Le coureur de 400m Teddy Venel, lors des championnats d'Europe par équipe, le 18 juin 2011 à Stockholm. — J.Nackckstrand/AFP

Chez les Venel, le réveil va sonner en pleine nuit dans l’appartement familial de Savigny-le-Temple, dans la banlieue sud-est de Paris. Même à trois heures du matin, il y a toujours beaucoup de monde devant la télé, pour voir courir Teddy, le champion de la famille. Marie-Claude, la maman, ou les frères et sœurs du meilleur performeur français sur 400m, locomotive du relais bleu engagé aux championnats du monde de Daegu (avec Fonsat, Decimus et Hanne). Tatouages, muscles saillants, piercing et bandana, Teddy Venel a son petit côté rappeur de la «West Coast» quand il débarque sur une piste. Depuis 2009, le Francilien s’entraîne à Los Angeles, sous les ordres de John Smith, cornac du célèbre groupe HSI. Le début d’une nouvelle carrière. D’une nouvelle vie aussi.

«Teddy a toujours voulu partir aux Etats-Unis, relève Stéphane Gourdon, qui l’a découvert à Savigny. Aux JO de Pékin, il a commencé à harcelé John Smith pour qu’il l’accueille. Sans bien parler anglais, il n’arrêtait pas de l’appeler. Ça, c’est Teddy, quelqu’un de très culotté et très déterminé qui a trouvé sa voie dans l’athlé.» S’il n’avait pas enfilé les pointes au collège, le garçon aurait pu s'égarer. Happé par la violence des banlieues, en conflit avec son père, Venel assume un passé très agité. «Quand on est jeune, on est influencé, observe sa maman. A la maison, vous avez un enfant super cool. Et puis dehors, vous ne savez pas ce qu’il fait…»

Ils veulent le tuer à coup de haches

Bagarres entre bandes rivales, trafic de cartes bleues, passage en garde à vue, le coureur de 400m a tout connu. «Je lui ai toujours dit: La prison, ce n’est pas pour toi, enchaîne la maman. Même quand un jeune dérape, il ne faut pas l’insulter. Ça le tue. J’ai su trouver les mots avec lui.» A l’époque, le garçon discute aussi beaucoup avec son coach. «Il se cherchait. Ça se traduisait par des textos en pleine nuit. Il avait des envies meurtrières… C’était très violent.»

Mais sur la piste, pas d’écart. Venel poursuit sa progression. A Savigny, il est le moteur de son groupe d’entraînement. Jusqu’à l’épisode traumatisant «des haches». La scène se déroule un après-midi de 2004. En pleine séance, Teddy est recherché par plusieurs jeunes qui veulent venger l’un des leurs après un «fight». «Ils sont arrivés au stade avec des haches, se souvient son ex-coach. Il y avait des enfants… On a protégé Teddy en l’enfermant dans un bureau. Voir ses athlètes partir avec les menottes, ça fait mal. Après, forcément, il y a eu une période de doute, qui l’a poussé à partir.» Pendant quatre ans, il travaille avec Guy Ontanon, puis rejoint John Smith pour se rapprocher des médailles internationales. Avec le relais bleu, il s’agit déjà de se qualifier pour la finale. Un autre type de bagarre.