Coupe du monde de foot des sans-abri: du soleil et de l'espoir?

FOOTBALL Paris accueille la Coupe du monde des sans-abri sur le Champ de Mars. Une bonne initiative, mais...

Julie Lévy-Marchal

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Les Kenyans disputent un match à la Coupe du monde des sans-abri organisée à Paris, sur le Champ de mars, le22 août 2011.
Les Kenyans disputent un match à la Coupe du monde des sans-abri organisée à Paris, sur le Champ de mars, le22 août 2011. — Vincent Wartner/20Minutes

Tout est si beau sous le soleil parisien. Niché dans un petit recoin du Champ de Mars, entre les pieds majestueux de la Tour Eiffel et les Invalides, la Coupe du monde de foot des sans-abri offre une vitrine magnifique. Depuis ce week-end et jusqu’au 28 août, Paris accueille la crème des sans-abri, environ 500 parmi 53 pays. Des filles et des gars. En ce lundi après-midi, les filles françaises, habillées de la célèbre marinière, n’ont pas fait semblant de taper dans le ballon. Ca cognait fort, ca cognait juste.

 Réinsérer les plus démunis par le sport

 Le but est de réinsérer, de revaloriser les précarisés par le sport, ses valeurs, mais aussi en leur donnant envie de se battre. Tous les acteurs présents y croient. Souvent en attente de papiers, comme Morthon et Alassane, arrivés de Guinée, ou comme l’équipe nationale d’Afrique du Sud, venue spécialement de Cape Town, tous sans-abri et sans travail. Ayanda, 37 ans, le capitaine explique qu’ «on se sent moins seul en voyant que d‘autres ont aussi une vie difficile.» il évoque les passés douloureux de chacun des membres de cette équipe, la drogue, la prison, puis la joie d’être ici… et d’être hébergés à l’hôtel grâce à l’organisation. 

 Des gens venus d’ «all over the world»

 Des associations aussi louent l’initiative. Makensonn, qui au départ parle juste d’ «assister à un divertissement» est en fait membre du centre d’action sociale protestant et a amené un groupe, dont Lionel, qui vit et dort l’année sur les grands boulevards. Il y croit Lionel. Et croise des CRS sans même avoir peur. Ces derniers, interrogés sur la Coupe, observent le devoir de réserve mais glissent, un peu ironiquement : «Bonne idée. On verra bien ce que ça donne.»

 Quelles conséquences?

 Parce que c’est bien l’enjeu de cette Coupe du monde pour les homeless. Que les choses bougent pour eux. Benoit Danneau, directeur du comité local d’organisation, travaille depuis 1993 avec dans personnes en grande précarité et le foot : «J’attends de ce genre d’événement un changement de regard sur les gens dans la précarité. Un rapport de l’organisation de la homeless world cup rapporte que 70%  des gens qui participent au Mondial en tirent un impact bénéfique. C’est énorme.» En revanche, relancé sur la question des conséquences que la classe politique pourrait tirer de cet événement, Benoit esquisse un sourire qui vaut toutes les réponses. Jonathan, 22 ans, attaquant et fan de Rooney «parce que les Français sont nuls», brut de décoffrage considère que «cette Coupe du monde peut aider les gens des autres pays, et leur permettre de visiter.» Pourtant resté dans la rue pendant 4 ans, Jonathan considère que «si tu veux t’en sortir, tu comptes que sur toi-même et tu te bouges le cul. Faut surtout pas compter sur les pouvoirs publics.»

 Des pouvoirs publics déphasés

 Kevin, joueur montpelliérain de 28 ans en équipe de France, est plus pragmatique, mais tout aussi incisif : «C’est une sacrée bonne expérience humaine, c’est génial de pouvoir jouer au foot contre le monde entier, en particulier pour nous, les gens dans la précarité. Ca nous change, on est sollicités, on s’intéresse à nous.  J’aimerais que ça fasse avancer les choses. On a été présentés à la mairie de Montpellier, peut-être que ça m’aidera à avoir un appart, confie-t-il.  Mais faut être réaliste. Apparu [Benoist, ministre du logement], il est apparu, mais avant de venir il a enlevé 3% au budget de  l’aide sociale!» Finalement, peut-être que tout n’est pas si beau sous le soleil…