Dopage: Vis ma vie de coureur suspendu par Aurélien Duval

CYCLISME Contrôlé positif à un stimulant en octobre 2009, l'ancien coureur de la Française des Jeux s'entraîne seul, dans les Ardennes...

Romain Scotto
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Illustration d'un coureur cycliste.
Illustration d'un coureur cycliste. — REUTERS

Il pourrait se laisser vivre, chez lui à Renwez, village de 1.500 âmes ardennaises. Profiter de sa suspension de deux ans pour découvrir de nouveaux plaisirs et briser sa routine de coureur cycliste. Aurélien Duval n’a pourtant rien changé depuis son contrôle au norfenfluramine, un stimulant retrouvé dans son organisme. «Je ne sors pas, je n’écoute pas la musique et je ne regarde pas la télé. Je suis un ours, assume froidement celui qui lève tous les matins à 7h. Ce n’est pas un rythme de pro, c’est le rythme de la vie. J’ai été élevé comme ça. Et puis je suis un couche-tôt. A 21h je suis au lit.»

Cinq fois par semaine, l’ancien coureur de la Française des Jeux sort son vélo du garage. Sans équipe depuis son licenciement, il avale toujours 750 km par semaine. Seul, sans chercher à s’apitoyer sur son sort. Depuis qu’il est étiqueté «coureur dopé», Aurélien Duval est soutenu par son amie et sa famille. «Et puis c’est tout. Personne ne m’appelle. C’est comme ça dans le cyclisme comme dans la vie. Chacun se démerde. J’ai des connaissances dans le vélo, mais pas d’ami. Et dans la vie, j’en ai deux ou trois, pas plus.»

Pas les mêmes moyens de défense que Contador

A bientôt 23 ans, l’ancien champion de France junior de cyclo-cross porte un regard impavide sur son contrôle positif. «Je ne sais toujours pas d’où ça vient. Un coupe faim ? Peut-être. C’est arrivé donc voilà… Une injustice? Oui, non, peut-être...  Je ne vais pas me morfondre. J’ai payé plein pot, c’est tout.» L’ancien pro n’a pas cherché à se défendre devant les tribunaux à l’image d’Alberto Contador, lui aussi coincé pour une dose minime. Mais toujours présent dans le peloton.

«On n’est pas dans la même cour. Lui a de l’argent donc il arrive à s’en sortir. C’est comme dans la vie. Alberto Contador est positif. Donc il a triché, non? Mais il a fait le Tour d’Italie. C’est l’argent, point barre. Il arrive à faire traîner les choses, il a des mois de salaire qui tombent et il avance… C’est comme ça que ça se passe.» Pour vivre, le Français touche son allocation de chômage. Rien de plus. Cela lui suffit pour manger, bricoler dans sa maison et s’entraîner. Il mise néanmoins sur les semaines à venir pour trouver une équipe et recourir à la fin du mois d’octobre, date de la fin de sa suspension.

«S’il faut être caissier»

Si personne ne veut de lui, Duval rangera sûrement son vélo. Il n’a pas fait d’études, mais est prêt à «travailler comme tout le monde. S’il faut être caissier, je serai caissier. A un moment, il faut bien manger. J’ai aussi le permis poids lourd, je sais conduire des engins», glisse-t-il. Malgré les heures d’entraînement, il reconnait ne plus être compétitif, concède un manque de rythme. «En course, ce n’est jamais pareil. Il y a le facteur qui vous fait gagnez 3% en plus, l’adrénaline.» Le seul et unique «produit» qui peut le faire avancer, à l’avenir.