Philippe Torreton: «Courir, un bon test pour connaître son texte»

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De quelle manière le sport est-il apparu dans votre vie ?

Vers l'âge de 10 ans, en Normandie, je me suis inscrit au club d'athlétisme du Petit-Quevilly où s'entraînait mon frère. J'étais un peu solitaire, timide, je n'aimais pas trop m'échauffer avec tout le monde, attendre pour sauter. Alors je faisais du lancer dans mon coin. Surtout du javelot. Je me disais que si on revenait au temps des cavernes, ça pouvait être utile de savoir lancer ça. A 12 ans, le théâtre a occupé mes mercredis. Mais j'ai gardé le goût de courir, seul.

Courez-vous souvent ?

Oui, je cours. L'an dernier, en faisant mon footing autour de la tour Eiffel, je suis tombé sur le stand d'inscriptions pour les 20 kilomètres de Paris. Le lendemain, j'étais au départ. J'avais calculé que je pouvais les parcourir en deux heures et demie. J'ai fait 1 h 45.

Qu'est ce que courir vous procure en termes de sensations ?

C'est un moment où plein de pensées arrivent au gré de l'effort. En période d'apprentissage de rôle, j'aime réciter des bouts de phrase en courant pour organiser mon souffle. Quand on joue, on bouge, on sort une épée, on prend une porte... Les neurones se dispersent. Alors courir, c'est un bon test pour savoir si on connaît vraiment son texte.

Actuellement, dans Richard III, vous restez plus de trois heures sur scène. Est-ce aussi une performance physique ?

Etre acteur, c'est un engagement physique ! Même si l'on joue un drame bourgeois qui se passe dans un boudoir. C'est une vraie dépense d'énergie. Vous suez, le coeur bat plus vite, on consomme du glucose. Le plus épuisant, ce n'est pas de bouger, c'est de convaincre le public de sa sincérité. Moi il faut impérativement que je mange un plat de pâtes vers 16 ou 17 h, sinon j'ai des étourdissements. Sur scène, je perds deux à trois kilos chaque soir.

Dans Monsieur N ou Les Rois maudits, vous faites aussi du cheval...

Dans Monsieur N, il fallait être parfaitement à l'aise, qu'on sente que Napoléon avait passé une grande partie de son temps sur les chevaux. J'allais m'entraîner trois fois par semaine chez le cascadeur équestre Mario Lurachi. ça m'a servi sur Les Rois maudits, où j'ai tout fait à cheval : un cabrage devant un feu, monter des escaliers... A la fin, ils m'ont offert les éperons prêtés pour le rôle en me disant : « Tu les as mérités. » C'était la première fois que j'étais récompensé en sport.

Quel sportif aimeriez-vous incarner à l'écran ?

Si un film se faisait sur Eric Tabarly, j'aimerais le rôle. Pour la mer et ce rendez-vous avec la solitude. J'aimerais savoir ce que cela fait de n'avoir que de l'eau partout autour, aucune référence de terre. Quand on voit comment la mer se creuse, avec tout à coup, dans votre dos, des murs de 10 m d'eau... Faire le choix d'être là seul, c'est un tel courage.

Votre spectacle sportif préféré ?

Le rugby. Quand toute la ligne d'avants est bien en place, on dirait une charge de cavalerie. ça déboule, ça se regroupe, puis d'un amas humain jaillit le ballon, et hop, une échappée solitaire. On ressent moins ça au foot. Un jour où il y avait une grève des commentateurs sur une chaîne italienne, ils ont passé le match avec pour unique son les micros d'ambiance du stade. Quand le mec shootait, on avait le bruit de la godasse sur le cuir du ballon. Là on sent que les mecs frappent vraiment. Des sons secs, mats. Et puis les appels de balle, la rumeur... C'était de l'opéra.

Recueilli par Grégory Magne (Kaora Press)

1965 Naissance à Rouen. 1975 Licence au CSMPQ, le club d'athlétisme du Petit-Quevilly (Seine-Maritime) où il s'entraîne au lancer du javelot et du disque durant deux saisons. 1990 Entre à la Comédie-Française. 1996 César du meilleur acteur pour son rôle dans Capitaine Conan. 2000 Cours d'équitation pour le tournage de Monsieur N. 2004 Court les 20 kilomètres de Paris, en 1 h 45.