Rugby: à six mois du Mondial, les Anglais sont retombés sur terre

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L'Angleterre est brutalement retombée sur terre samedi à Dublin en recevant des Irlandais une gifle (24-8) qui les a frustrés de leur premier Grand Chelem depuis 2003 et va les contraindre à réviser leurs ambitions à la baisse à six mois du Mondial en Nouvelle-Zélande.

Après quatre victoires maîtrisées sur le pays de Galles (26-19), l'Italie (59-13), la France (17-9) et l'Ecosse (22-16), les hommes de Martin Johnson avaient fait renaître l'espoir d'une marche triomphale vers le titre mondial, semblable à celle que le sélectionneur avait réussi en tant que capitaine il y a huit ans.

Mais l'échec de Dublin, et surtout la manière avec laquelle le XV de la Rose a été piétiné par une équipe irlandaise soudainement retrouvée, a brisé l'élan.

Et même si l'Angleterre a remporté le Tournoi, grâce à la défaite des Gallois en France, ce qui ne s'était pas produit depuis huit ans, les joueurs avaient plutôt tendance à voir le verre à moitié vide qu'à moitié plein après la déroute de Lansdowne Road.

"C'est une énorme déception de ne pas avoir été capables de conclure. Et nous n'étions même pas près d'y arriver. Ils nous ont écrasés", a reconnu l'ouvreur Toby Flood.

"Quel que soit le dénouement pour le titre, cela vient un peu gâcher la fin de huit semaines de dur travail", a admis lui aussi le flanker James Haskell.

La contre-performance de Dublin a mis en lumière l'inexpérience d'un groupe, dont une bonne partie des joueurs-clé se retrouvaient pour la première fois face à l'Histoire.

C'est probablement ce défaut de maturité qui a provoqué la faillite de la charnière Ben Youngs/Toby Flood, aussi décevante au moment de vérité qu'elle avait été convaincante lors des quatre premières journées.

"J'ai joué comme un idiot", a reconnu le jeune demi de mêlée de 21 ans, puni d'un carton jaune juste avant la mi-temps pour avoir lancé le ballon dans les tribunes afin d'empêcher une remise en touche rapide des Irlandais. Un incident qui a été l'un des tournants du match.

Flood, lui aussi, avait contribué à plomber le moral de ses coéquipiers, en milieu de première période, lorsqu'il avait raté une pénalité très facile à un moment où l'écart n'était pas encore définitif (9-0).

Et comment expliquer, sinon par le manque d'expérience, l'incapacité des avants à répondre aussi bien physiquement que mentalement à l'assaut des Irlandais dans les 30 premières minutes?

"Faut-il prendre des coups avant de pouvoir gagner quelque chose? On espère que non, mais c'est probablement le cas", a reconnu Martin Johnson, le capitaine de 2003, qui n'avait réussi le Grand Chelem qu'à sa dixième participation au Tournoi avant d'enchaîner par le titre mondial.

Un seul match n'a évidemment pas suffi à transformer l'édition 2011 en échec. Après tout, il y avait huit ans que les Anglais n'avait pas gagné quatre matches sur cinq dans le Tournoi, huit ans aussi qu'ils n'avaient plus gagné à Cardiff et dix ans qu'ils n'avaient pas creusé un tel écart sur l'Italie (+46).

Ces indéniables motifs de satisfaction sont-ils suffisants pour croire à un possible exploit à la Coupe du monde contre des équipes comme les All Blacks et les Springboks, que l'Angleterre n'a plus battus depuis respectivement 2003 (neuf défaites de suite) et 2006 (sept défaites)? Réponse cet automne.