Rugby: les chantiers récurrents du XV de France

© 2011 AFP

— 

La crise de confiance secouant le XV de France après sa défaite en Italie dans le Tournoi des six nations a mis en exergue les chantiers récurrents du rugby français, entre les conditions de préparation de l'équipe nationale et les limites de la politique de formation.

. Conditions de préparation et moyens financiers. Parmi les nations majeures, la France est le parent pauvre en termes de préparation. L'entraîneur Marc Lièvremont a pu travailler cinq jours avec un groupe de trente joueurs, puis avec 23 joueurs depuis l'ouverture du Tournoi, avec un retour dans leurs clubs pour une journée de Top 14 une semaine avant la défaite à Rome.

Les joueurs des trois nations du Sud (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande) et ceux des trois nations celtes (pays de Galles, Irlande et dans une moindre mesure, l'Ecosse) sont, eux, sous contrat avec leur fédération, qui en disposent à leur guise. "C'est un choix de pays. On peut, au delà d'un système de salariat des joueurs avec la Fédération, avoir d'autres hypothèses comme un conventionnement entre la Fédération et les clubs", a relevé la ministre des Sports Chantal Jouanno, en visite jeudi au Centre national (CNR) de Marcoussis.

Ce conventionnement existe depuis 2009 avec l'ajout d'une annexe sportive à la convention entre la Fédération (FFR) et la Ligue (LNR), qui est très en retrait par rapport à l'accord existant en Angleterre, autre pays où le système est articulé atour des clubs. Pour l'améliorer, "encore faut-il avoir les moyens financiers de ses ambitions. D'où le projet de stade", a déclaré à l'AFP le président de la Fédération, Pierre Camou.

Ce projet, d'un montant de 600 millions d'euros à l'horizon 2013, doit permettre à la FFR d'augmenter sa surface financière et donc, s'agissant du XV de France, sa capacité à indemniser les clubs pour la mise à disposition des internationaux. Mais ses effets sur le terrain ne se feront pas sentir avant plusieurs années.

. Formation et Top 14. Bien qu'ayant testé plus de 80 joueurs dont de très nombreux novices depuis sa prise de fonction en 2008, Marc Lièvremont avait inclus de nombreux trentenaires dans le groupe retenu pour ce dernier Tournoi des six nations avant le Mondial. Avant d'en évincer six (Marconnet, Thion, Chabal, Jauzion, Poitrenaud, plus Rougerie, suspendu) après la défaite à Rome.

Les équipes de France patissent du recours massif par les clubs à des joueurs étrangers, qui relègue sur le banc les espoirs "nationaux". Pire, à certains postes stratégiques, les joueurs sélectionnables sont rares. Ainsi, selon un décompte effectué par l'AFP, seuls 4 clubs du Top 14 ont un pilier droit (N.3) titulaire, sélectionnable en équipe de France.

La tendance ne devrait pas s'inverser à court terme avec le maintien à 40% du quota de joueurs issus des filières de formation (Jiff) dans les effectifs des clubs pour la saison prochaine. Ce mécanisme qui, dans son écriture initiale, était censé passer à 70% en 2011/2012, a été instauré par la LNR pour contenir l'afflux de joueurs étrangers mais a été revu à la baisse à plusieurs reprises. La Ligue a par ailleurs ouvert la possibilité de recrutement de "jokers Coupe du Monde" la saison prochaine, six journées de Top 14 ayant été programmées pendant le Mondial (9 septembre - 23 octobre).

Le réservoir est également limité sur d'autres postes stratégiques (talonneur, ouvreur, trois-quart centre). Malgré les conditions de travail optimales fournies par le Centre national (CNR) de Marcoussis, "toute la politique de formation est à revoir", estime un dirigeant de la FFR.