wingsuit Cette discipline extrêmement dangereuse est dérivée du parachutisme

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Jean-Noël Itzstein Spécialiste du wingsuit. Comment est né le wingsuit ? Dans les années 1950-1960, on a eu les expériences des « hommes-oiseaux ». Parmi eux, le paracutiste Léo Valentin testait des combinaisons ou sautait avec des ailes rigides fixées sur les épaules. Mais les performances n’étaient pas très importantes. Ces combinaisons les ralentissaient mais ne les faisaient pas vraiment avancer. Dans les années 1990, Patrick de Gayardon a remis au goût du jour l’idée de combinaison avec des tissus souples qui se gonflent entre les jambes, mais aussi entre l’abdomen et les bras. Ces combinaisons offraient une finesse de 1,8, c’est-à-dire que pour un mètre de chute, Patrick de Gayardon avançait de 1,80 mètre. Aujourd’hui, les meilleures combinaisons affichent des finesses entre 2,5 et 3. Quels sont les principes de fonctionnement du wingsuit ? La combinaison n’a pas de partie rigide. La personne est « dans » l’aile et c’est elle qui, par la position de son corps, crée la structure. Elle décide du placement de l’aile, donc de la trajectoire. De son expérience, de sa manière d’appréhender les sensations dépendront les performances. Il ne suffit pas de sauter en écartant les jambes et les bras. A l’approche du sol, on ouvre un parachute. L’effort physique pour contrôler l’aile doit être très important... Sur des sauts courts, il n’est pas énorme. Pour des sauts qui durent au-delà d’une minute trente, les muscles sont en revanche tétanisés. Comme un grimpeur qui viendrait de réaliser une ascension très difficile. Mais bon, on n’en est pas encore à faire de la musculation pour se préparer. Combien de personnes pratiquent le wingsuit dans le monde ? Aujourd’hui, beaucoup. Il y a même des fabricants de combinaison. La pratique la plus répandue est le saut depuis un avion. C’est accessible à n’importe quel parachutiste ayant déjà effectué 150 sauts. Cette discipline est reconnue par la Fédération française de parachutisme. Le saut depuis les falaises est, lui, moins répandu. Cela s’apparente un peu au parapente et demande de bien connaître les lieux mais aussi de faire de sérieux repérages. Il faut maîtriser les conditions de vol dans chacun des endroits traversés. Les accidents sont-ils nombreux ? Non. Pour le saut depuis les avions, ils sont rares, car ceux-ci sont bien encadrés. Concernant les sauts de falaises, il y en a assez peu et ils sont plus souvent dus à des erreurs d’appréciations qu’au matériel. Recueilli par Grégory Magne (Kaora Press)

En avril 1998, Patrick de Gayardon se tue à la suite d’un problème matériel lors d’un saut à Hawaï. Au milieu des années 1990, le parachutiste français est le réel inventeur du wingsuit. Les images de ses sauts rasant les falaises de canyons sont très médiatisées. Pendant longtemps, il est l’unique pratiquant de la discipline. Jean-Noël Itzstein, qui le côtoie, poursuivra ses expériences après sa mort pour populariser cette pratique.