Affaire Contador: l'Espagne est-elle trop clémente avec ses sportifs?

A.P.

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Le Premier ministre espagnol,José Luis Rodriguez Zapatero reçoit Alberto Contador après sa victoire sur le Tour de France, le 26 juillet 2010 à Madrid.
Le Premier ministre espagnol,José Luis Rodriguez Zapatero reçoit Alberto Contador après sa victoire sur le Tour de France, le 26 juillet 2010 à Madrid. — J.Medina / REUTERS

«Le dopage est un problème français, créé par la France avec ses lois et que la France doit résoudre sans impliquer les autres». Cette déclaration stupéfiante avec le recul date de 1999 et émane du directeur de la Vuelta, Luis Felipe Sainz. Un temps préservé en apparence par les scandales de dopages à la différence de le France (affaire Festin en 1998) et l’Italie (descente des carabiniers sur le Giro 2001), l’Espagne cristallise les critiques depuis plusieurs mois avec l’affaire Contador, les contrôles positifs d’Ezequiel Mosquera (2e de la dernière Vuelta) et des vététistes David Garcia Da Pena et Margarita Fullana, sans oublier la suspension d’Alejandro Valverde.
 

«Un grand pourcentage de nos cas de dopage vient d'Espagne»

En décidant de ne pas sanctionner Alberto Contador après un contrôle ayant révélé des traces de clenbutérol, la Fédération espagnole de cyclisme (RFEC)  risque de raviver la thèse d’un pays laxiste en matière de lutte antidopage, et qui a attendu 2007 pour voter une loi criminalisant cette pratique. Crise économique oblige le secrétaire d'Etat aux sports, Jaime Lissavetsky, a réduit fin 2010 de 2,7%  le budget de l'Agence de lutte contre le dopage (AEA).

En octobre même le très diplomate président de l’Union cycliste internationale (UCI), Pat McQuaid, n’a pas mâché ses mots vis à vis du pays qui a donné les cinq derniers vainqueurs du Tour de France. «Un grand pourcentage de nos cas de dopage vient d'Espagne et il ne semble pas y avoir, pour l'instant, de volonté de s'attaquer au problème. Cela doit venir du gouvernement».

Zapatero le défend sur Twitter

Le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero a toujours affiché son soutien à Contador.  La décision de la fédération doit ravir le Premier Ministre socialiste qui a plaidé la cause du Madrilène sur son Twitter officiel: «Il n’y a aucune raison juridique de sanctionner Contador», publiait-il vendredi dernier. Ce soutien ainsi que celui de Jaime Lissavetsky et d’Angel Juanes (président de l'Audience nationale, plus haute instance pénale du pays) donnent l’impression d’un pays qui fait front face aux critiques s’abattant sur son champion. «L’Espagne innocente Contador» n’a d’ailleurs pas manqué de titrer le quotidien El Pais mardi.

Mais le dernier mot dans cette affaire ne revient pas au gouvernement espagnol ou à la RFEC. L’UCI et de l'Agence mondiale antidopage (AMA) disposent encore d’un mois pour déposer un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Même avec ses soutiens de poids, Alberto Contador n’est pas encore assuré d’être au départ du Tour de France le 2 juillet prochain.